Partager l'article

PASTEF : Les limogeages de Salimata Dieng et Bassirou Kébé, symptômes d’une guerre des chefs ?

Chronique de l’inspecteur Ibrahima Ndiaye

Deux limogeages en quelques mois. Deux figures issues d’un même camp. Et un même malaise grandissant au sein de la majorité.

Salimata Dieng, figure montante de la Jeunesse Patriotique, a été écartée pour avoir exprimé publiquement des critiques déjà murmurées en interne. Bassirou Kébé, Directeur général de la SN HLM et cadre respecté du parti, a quant à lui été remercié sans explication officielle.

Pour certains, ces décisions pourraient relever d’un simple ajustement administratif. Mais une lecture plus attentive de la mécanique politique suggère une réalité plus profonde : ces sanctions pourraient être les manifestations visibles d’un conflit latent au sommet de l’État, révélant les fragilités de l’équilibre entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Dès lors, une question fondamentale se pose : les mécanismes internes de dialogue prévus par les textes du parti fonctionnent-ils encore ?

Des cadres “sonkistes” dans le collimateur

L’analyse des profils concernés est révélatrice. Salimata Dieng incarne la JPS, mouvement historiquement proche d’Ousmane Sonko, tandis que Bassirou Kébé est considéré comme un cadre loyal au secrétaire général de PASTEF.

Leur point commun : une proximité assumée avec Sonko et un attachement aux idéaux fondateurs du parti.

Leur erreur présumée : avoir cru que cette fidélité demeurait compatible avec l’exercice du pouvoir, et que la critique interne restait un droit garanti par les textes.

Dans les faits, leur éviction semble envoyer un signal politique clair. Elle suggère que certaines loyautés sont désormais perçues comme concurrentes au sein même du pouvoir.

La montée en puissance de la coalition “Diomaye Président”

Parallèlement, un mouvement stratégique se structure autour de la coalition “Diomaye Président”, sous la supervision d’Aminata Touré.

Cette machine électorale, tournée vers les échéances locales à venir et l’horizon présidentiel de 2029, traduit la volonté du chef de l’État de bâtir son propre réseau politique, distinct de l’appareil de PASTEF, toujours associé à Ousmane Sonko.

Si cette stratégie peut se justifier dans une logique de consolidation du pouvoir, elle comporte un risque majeur : marginaliser le parti qui a permis l’accession à la magistrature suprême.

Les cadres historiques, engagés bien avant l’arrivée au pouvoir, pourraient ainsi se sentir dépossédés de leur légitimité militante face à une nouvelle légitimité électorale en construction.

Une fracture idéologique de plus en plus visible

Les divergences ne sont pas seulement organisationnelles. Elles semblent également idéologiques.

Les critiques formulées publiquement par Ousmane Sonko à l’encontre de la gestion économique du gouvernement, notamment sur la question du financement de la campagne arachidière, ont mis en lumière des désaccords sur les orientations économiques, en particulier sur la restructuration de la dette.

Derrière ces divergences techniques se dessinent deux visions du pouvoir :

. l’une, davantage inscrite dans une continuité institutionnelle et électorale ;
. l’autre, fidèle à une logique de rupture radicale portée par le discours initial de PASTEF.

Une stratégie indirecte de recomposition politique ?

Dans ce contexte, certains observateurs avancent l’hypothèse d’une marginalisation progressive des proches de Sonko dans l’appareil d’État.

À mesure que la coalition présidentielle se structure, les cadres perçus comme loyaux au secrétaire général de PASTEF pourraient apparaître comme des obstacles à une autonomisation politique du président.

Leur mise à l’écart relèverait alors moins d’une sanction disciplinaire que d’une stratégie de recomposition des équilibres internes.

Les canaux de dialogue interne : une fiction ?

Les textes du parti prévoient pourtant des mécanismes de médiation et de régulation des conflits.

Mais que valent ces dispositifs lorsque les rivalités de leadership prennent le pas sur les procédures statutaires ?

Pour de nombreux militants, ces instances risquent de devenir de simples chambres d’enregistrement, incapables de garantir une réelle remontée des critiques ou un arbitrage impartial.

Dans ce vide institutionnel, le silence militant pourrait s’imposer non par adhésion, mais par contrainte.

Le pouvoir comme facteur de transformation

Au-delà des cas individuels, ces événements interrogent la transformation du parti au contact du pouvoir.

Né dans l’opposition, porté par une jeunesse avide de rupture et de transparence, PASTEF doit désormais composer avec les exigences de la gouvernance : alliances, équilibres politiques, compromis stratégiques.

Dans cette mutation, les plus fidèles aux idéaux fondateurs peuvent paradoxalement devenir des variables d’ajustement.

Vers une opposition interne ?

Un membre de la coalition aurait confié que « ceux qui ont fait élire Diomaye sont en train de devenir ses opposants ».

Si cette perception devait se confirmer, elle traduirait une crise profonde : celle d’un mouvement politique confronté à ses propres contradictions entre idéal de rupture et réalités de l’exercice du pouvoir.

La question centrale demeure : la consolidation du camp présidentiel se fera-t-elle avec PASTEF ou en marge de celui-ci ?

Car l’histoire politique montre qu’un parti qui ne parvient plus à intégrer ses critiques finit souvent par se fragiliser de l’intérieur.

Et lorsque le débat disparaît, ce n’est jamais le silence qui l’emporte, mais la fracture.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Edit Template

Contact

Oumy Thiare

Directrice de publication

Articles récents

  • All Post
  • Actualité
  • Administration
  • Afrique
  • Agriculture
  • Animaux
  • Armée
  • Assurance
  • Audiovisuel
  • BTP
  • Budget
  • Cinéma
  • Climat
  • Commerce
  • Communication
  • Coopération
  • Culture
  • Diplomatie
  • Douane
  • Écologie
  • Economie
  • Éducation
  • Élevage
  • Émigration irrégulière
  • Énergie
  • Enseignement supérieur
  • Entrepreneuriat
  • Environnement
  • Finances
  • Fiscalité
  • Francophonie
  • Gastronomie
  • Gendarmerie
  • Histoire
  • Industrie
  • Infrastructure
  • International
  • Justice
  • Leadership
  • Liaison maritime
  • Livre
  • Médecine
  • Médias
  • Météo
  • Migration
  • Mode
  • Musique
  • Partenariat
  • Patrimoine
  • Pêche
  • People
  • Police
  • Politique
  • Religion
  • Réseaux sociaux
  • Ressources naturelles
  • Santé
  • Science
  • Sécurité
  • Société
  • Sport
  • Taxes
  • Technologie
  • Tourisme
  • Transport
  • Uncategorized
    •   Back
    • Climat

©Massada communication agency