Partager l'article

Ziguinchor : les défis et réalités de la délivrance des actes d’état civil au Sénégal

Chronique du Pr Alioune Badara Ndiaye

À Ziguinchor, comme dans plusieurs régions du Sénégal, obtenir un extrait de naissance peut parfois relever du parcours du combattant. Entre lenteurs administratives, coupures de courant, manque de personnel et digitalisation en marche, la délivrance des actes d’état civil est au cœur des préoccupations des citoyens. Pourtant, ces documents constituent la base même de l’existence légale et sociale de tout individu.

  1. L’importance des actes d’état civil

Les actes d’état civil — naissance, mariage, décès — ne sont pas de simples formalités administratives. Ils sont indispensables pour :

inscrire un enfant à l’école,

obtenir une carte nationale d’identité,

accéder aux soins de santé et aux aides sociales,

exercer pleinement ses droits de citoyen.

Sans acte d’état civil, l’individu devient « invisible » administrativement, privé de droits et d’opportunités.

  1. La situation à Ziguinchor

Organisation actuelle
Ziguinchor dispose de plusieurs centres d’état civil : mairie centrale, sous-préfectures et centres secondaires répartis dans les quartiers et villages. L’informatisation progresse, mais de manière inégale :

en centre-ville, les délais de délivrance sont relativement rapides,

dans les zones rurales et reculées, l’accès reste difficile et aléatoire.

Les problèmes rencontrés
La réalité quotidienne des habitants révèle des obstacles persistants :

lenteurs administratives : longues files d’attente dues au manque de personnel,

matériel obsolète : ordinateurs en panne, imprimantes défectueuses,

coupures d’électricité et pannes réseau qui paralysent les services,

archives incomplètes : certains registres anciens sont illisibles, voire perdus.

  1. Les défis au niveau national

Ces difficultés locales reflètent des enjeux plus larges au Sénégal :

Sous-déclaration des naissances : selon l’ANSD, près d’1 enfant sur 4 n’est pas déclaré dans les délais, un phénomène accentué en Casamance.

Centralisation excessive : les procédures dépendent encore trop des communes.

Digitalisation lente : le projet national de modernisation de l’état civil avance, mais les résultats restent inégaux selon les régions.

Manque de formation des agents : beaucoup peinent à maîtriser les outils numériques.

  1. Initiatives et solutions en cours

Face à ces défis, plusieurs initiatives sont en marche :

projet de digitalisation soutenu par l’État et la Banque Mondiale, pour centraliser et sécuriser les registres,

campagnes mobiles d’enregistrement dans les zones reculées, notamment en Casamance,

portails en ligne expérimentaux pour la demande d’actes via internet,

partenariats avec des ONG pour sensibiliser les familles à déclarer les naissances rapidement.

À cela s’ajoute une innovation saluée par la population : les audiences foraines organisées périodiquement par le tribunal de Ziguinchor dans les villages et communautés. Ces audiences permettent de régulariser des centaines de situations en donnant la possibilité aux citoyens d’obtenir un acte d’état civil sans avoir à parcourir de longues distances. Une initiative révolutionnaire et inclusive.

  1. Témoignages et voix des habitants

Un habitant de Lyndiane raconte : « J’ai attendu presque trois semaines avant d’obtenir mon extrait de naissance. Chaque jour, on nous demandait de revenir à cause d’une panne d’ordinateur ou d’électricité. »

Enfin, un responsable communal insiste : « La digitalisation est une priorité. Nous travaillons avec l’État pour rendre le système plus efficace et accessible. »

À Ziguinchor, comme ailleurs au Sénégal, l’état civil reste un droit fondamental mais encore fragile. Tant que les procédures demeureront lentes et complexes, de nombreux citoyens resteront exclus des services de base. La digitalisation et la modernisation constituent des pas importants, mais il reste un long chemin à parcourir pour garantir à chaque Sénégalais son identité administrative.

L’expérience des audiences foraines à Ziguinchor démontre qu’avec des approches innovantes et inclusives, il est possible de rapprocher l’administration des populations. Un bel exemple à suivre pour bâtir un système d’état civil moderne, fiable et accessible à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Edit Template

Contact

Oumy Thiare

Directrice de publication

Articles récents

  • All Post
  • Actualité
  • Administration
  • Afrique
  • Agriculture
  • Animaux
  • Armée
  • Assurance
  • Audiovisuel
  • BTP
  • Budget
  • Cinéma
  • Climat
  • Commerce
  • Communication
  • Coopération
  • Culture
  • Diplomatie
  • Douane
  • Écologie
  • Economie
  • Éducation
  • Élevage
  • Émigration irrégulière
  • Énergie
  • Enseignement supérieur
  • Entrepreneuriat
  • Environnement
  • Finances
  • Fiscalité
  • Francophonie
  • Gastronomie
  • Gendarmerie
  • Histoire
  • Industrie
  • Infrastructure
  • International
  • Justice
  • Leadership
  • Liaison maritime
  • Livre
  • Médecine
  • Médias
  • Météo
  • Migration
  • Mode
  • Musique
  • Partenariat
  • Patrimoine
  • Pêche
  • People
  • Police
  • Politique
  • Religion
  • Réseaux sociaux
  • Ressources naturelles
  • Santé
  • Science
  • Sécurité
  • Société
  • Sport
  • Taxes
  • Technologie
  • Tourisme
  • Transport
  • Uncategorized
    •   Back
    • Climat

©Massada communication agency