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Invisibles mais essentielles : le sort des techniciennes de surface au Sénégal

Chronique du Pr Alioune Badara Ndiaye

Au Sénégal, elles nettoient, balaient, cuisinent, entretiennent nos espaces de vie et de travail. Elles sont appelées techniciennes de surface, employées de ménage ou domestiques. Majoritairement des femmes, elles jouent un rôle clé dans le fonctionnement de nombreuses familles et entreprises. Pourtant, elles demeurent parmi les travailleuses les plus précarisées, souvent invisibles aux yeux des politiques publiques et des protections sociales.

Conditions de travail : longues journées, bas salaires, précarité extrême

Dans la grande majorité des cas, ces femmes exercent dans un cadre informel. Elles n’ont ni contrat de travail, ni couverture sociale, ni droit au congé maladie ou maternité. Les journées peuvent s’étendre jusqu’à treize heures, sans compensation ni heures supplémentaires.
Leur rémunération reste dérisoire : entre 25 000 et 30 000 francs CFA par mois, bien en dessous du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG), fixé à 55 000 francs CFA en 2019.
À cela s’ajoutent des conditions de logement souvent indignes : chambres exiguës partagées à plusieurs, absence d’intimité, promiscuité, et dans certains cas, situations d’exploitation sexuelle.

Exploitation et violences

Certaines techniciennes subissent harcèlement moral, violences physiques et agressions sexuelles, entraînant parfois des grossesses non désirées. Dépourvues de moyens de défense et craignant la perte de leur emploi, elles gardent souvent le silence.
Des pratiques assimilables à du trafic humain persistent : de jeunes filles, parfois âgées de seulement 14 ans, sont envoyées depuis les zones rurales vers les villes pour travailler comme domestiques, souvent sans réel consentement et avec des promesses d’éducation rarement tenues.

Un vide juridique préoccupant

Le Code du travail sénégalais prévoit des droits pour les travailleurs, mais ceux-ci ne s’appliquent pas pleinement aux travailleuses domestiques en raison de leur statut informel.
Sur le plan international, le Sénégal n’a pas encore ratifié la Convention C190 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui vise à lutter contre les violences et le harcèlement au travail. Les mobilisations syndicales se poursuivent, mais peinent à obtenir des avancées concrètes.

Des initiatives pour la dignité et l’émancipation

Face à cette situation, certaines organisations à base de membres (MBO) œuvrent pour accompagner ces travailleuses invisibles. Elles proposent formations professionnelles, programmes de leadership, suivi de santé, scolarisation sur les lieux de travail et campagnes de sensibilisation aux droits.
À Rufisque, un centre de formation offre des cours d’alphabétisation, des ateliers pratiques, ainsi que des microcrédits, donnant aux femmes domestiques la possibilité de diversifier leurs sources de revenus et d’accéder à une certaine autonomie.

Une contribution ignorée à l’économie

Ces femmes participent chaque jour au bien-être de milliers de ménages et soutiennent indirectement l’économie nationale. Pourtant, faute de reconnaissance juridique et sociale, elles restent vulnérables et exposées aux abus.
Reconnaître leur rôle, faire appliquer les lois, ratifier les conventions internationales et renforcer les initiatives de formation sont des étapes indispensables pour leur offrir dignité, droits et émancipation.

2 Commentaires

  • Alioune badara

    Bonjour
    Merci beaucoup pour votre riche contribution. Nous avons pris note de.nos suggestions. Incha Allah nous porterons le plaidoyer
    Bon dimanche à vous

  • Joël COLY

    Je voudrais tout d’abord me réjouir de votre intérêt pour ces travailleurs très souvent mal protégés et vous féliciter pour cet article qui va contribuer certainement à la sensibilisation les pouvoirs publics.
    Je tiens toutefois à rappeler qu’au Sénégal, il n’y a pas vraiment un vide. Les conditions générales d’emploi des domestiques et gens de maison sont déterminées par un arrêté du 23 janvier 1968, qu’il faut songer à réactualiser.
    Je suis en phase avec vous, relativement à la ratification de la convention 190 sur la violence et le harcèlement au travail. En effet, les domestiques pourraient être mieux protégés contre cette injustice.
    Pour finir, je considère qu’il faut aussi plaider pour la ratification de la convention 189 sur les travailleurs et travailleuses domestiques.

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