
Chronique du Pr Alioune Badara Ndiaye
Yeumeukeuy, une exigence territoriale légitime au cœur du pays Diola
À une trentaine de kilomètres de Ziguinchor, dans le département de Bignona, se joue un drame silencieux mais profond : celui d’un découpage administratif hérité d’un autre temps, devenu inadapté, incohérent et source d’injustices territoriales criantes.
Prenons le cas du village de Tendimane. Niché juste avant Balinghore, ce village relève administrativement de Tenghory, une localité située au-delà de la commune de Bignona. Une aberration, tant géographique que logistique. Les habitants doivent parcourir des distances absurdes pour accéder à des services administratifs, alors que tout dans leur quotidien — la langue, la culture, les liens sociaux — les rattache naturellement à Balinghore et aux villages environnants.
Ce type de découpage, hérité de l’immédiat après-indépendance, ne tient aucunement compte des réalités locales. Il ignore les dynamiques socioculturelles, linguistiques et communautaires qui structurent la vie des populations. Et il condamne des dizaines de villages à un sentiment d’oubli, d’injustice et de marginalisation.
Yeumeukeuy, une réponse locale à un malaise structurel
Face à cette situation, une solution émerge depuis plusieurs années : la création de la commune de Yeumeukeuy. Un nom porteur de sens dans la langue diola, et une aspiration territoriale largement partagée par les populations locales.
Cette commune regrouperait des localités culturellement et géographiquement proches, formant un espace cohérent et solidaire :
Soutou, Diourou, Kouteghor, Niassaran, Pyran, Tendième, Boutolate, Éguilaye, Kaoudioule, Djimakacore, entre autres.
Des forums citoyens, des rencontres communautaires, des mémorandums ont été produits. Les revendications sont claires, argumentées, répétées avec dignité. Et pourtant, l’État reste sourd.
Il est invraisemblable qu’en 2025, ces villages soient toujours rattachés à une entité administrative éloignée, alors que les principes de proximité et de représentativité devraient guider toute réforme territoriale.
Un combat qui dépasse Yeumeukeuy
Le cas de Tendimane et de ses voisins n’est pas isolé. Ziguinchor, Oussouye, les îles et les zones enclavées subissent elles aussi les effets délétères d’un découpage qui ne reflète plus les réalités d’aujourd’hui. Il est urgent de repenser l’organisation territoriale pour mieux servir les populations, rapprocher les services de l’État et renforcer le développement local.
Un appel au sursaut politique
La création de Yeumeukeuy n’est pas une faveur que les autorités feraient aux habitants. C’est une exigence territoriale légitime, fondée sur des réalités concrètes et un besoin vital d’ancrage administratif.
L’heure de Yeumeukeuy a sonné. Il est temps que les décideurs écoutent enfin ces voix venues du terrain, celles de citoyens qui réclament simplement d’être administrés avec justice, cohérence et respect.


