
Le journaliste béninois Hugues Comlan SOSSOUKPE, connu pour ses prises de position critiques envers le régime de Cotonou, a été interpellé en Côte d’Ivoire cette semaine, puis remis aux autorités béninoises dans des conditions qui suscitent de vives interrogations au sein de la société civile et des organisations de défense des droits humains.
Selon plusieurs sources proches du dossier, l’interpellation aurait eu lieu à Abidjan, où le journaliste s’était installé ces derniers mois. Il aurait été arrêté par les services de sécurité ivoiriens sur la base d’un mandat émis par les autorités béninoises, dans le cadre d’une procédure judiciaire en cours. Une source sécuritaire en Côte d’Ivoire, sous couvert d’anonymat, a confirmé qu’une « opération de coopération bilatérale » a permis la remise de M. Sossoukpe aux autorités de son pays d’origine.
Arrivé à Cotonou dans la soirée du mercredi 9 juillet, Hugues Comlan SOSSOUKPE serait désormais détenu dans les locaux de la Brigade économique et financière (BEF), dans l’attente d’une présentation à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), où il avait déjà été cité dans plusieurs affaires.
La nouvelle a provoqué une vague de réactions.
Plusieurs associations et collectifs de journalistes ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un « enlèvement extrajudiciaire ». « Ce transfert opéré sans garanties d’un procès équitable ni d’une protection des droits fondamentaux constitue une atteinte grave à la liberté de la presse », a réagi l’ONG Reporters Solidaires pour l’Afrique de l’Ouest (RSAO) dans un communiqué.
De son côté, le gouvernement béninois n’a pas encore officiellement communiqué sur l’affaire. Toutefois, des voix proches du pouvoir affirment que « le journaliste n’est pas au-dessus des lois » et qu’il devra « répondre de ses actes devant la justice ».
Hugues Comlan SOSSOUKPE s’était fait connaître pour ses publications critiques sur la gouvernance actuelle, notamment via les réseaux sociaux et diverses tribunes. Il avait récemment déclaré dans une interview qu’il faisait l’objet de menaces et de pressions l’ayant poussé à quitter le Bénin.
À l’heure où la liberté d’expression au Bénin fait l’objet d’un débat de plus en plus vif, cette interpellation marque un tournant préoccupant pour de nombreux observateurs.
Par Komi ABLE


