
Vingt personnes ont été interpellées par le Conseil Hisbah, la police religieuse chargée de faire respecter la charia islamique dans l’État de Kano, au nord du Nigeria. Leur faute ? Avoir mangé et bu en public en plein mois de Ramadan, une période de jeûne et de piété pour les musulmans du monde entier.
L’État de Kano, majoritairement musulman, applique la charia en parallèle du droit fédéral nigérian. Chaque année, durant le Ramadan, le Conseil Hisbah mène des opérations pour veiller au respect du jeûne, considéré comme une obligation religieuse pour les fidèles en âge de le pratiquer.
Les vingt personnes arrêtées, dont certaines pourraient être musulmanes ne respectant pas le jeûne, ont été placées en détention et attendent leur jugement. “Nous les avons arrêtés après les avoir trouvés en train de manger en plein jour, ce qui est une violation des règles islamiques en vigueur dans l’État”, a déclaré un porte-parole de la Hisbah.
Ce type d’arrestation soulève régulièrement des débats au Nigeria, un pays à la fois laïque et religieux, où la cohabitation entre différentes croyances et systèmes juridiques peut être complexe. Les défenseurs des droits humains dénoncent une atteinte aux libertés individuelles, affirmant que personne ne devrait être contraint de suivre des règles religieuses s’il ne s’identifie pas à cette foi.
Cependant, pour les autorités islamiques locales, ces arrestations sont nécessaires pour préserver la moralité et l’ordre public pendant le Ramadan. “Notre rôle est de faire respecter les principes de l’Islam dans notre communauté”, justifie un responsable du Conseil Hisbah.
Ce n’est pas la première fois que la Hisbah mène des actions de répression durant le Ramadan. Par le passé, des restaurants et des commerces ont été fermés pour avoir servi de la nourriture en journée, et certaines personnes ont été publiquement réprimandées.
L’affaire relance la question du respect des droits fondamentaux et du choix personnel en matière de religion au Nigeria, un pays où la charia s’applique dans plusieurs États du nord, tandis que le sud est majoritairement chrétien et soumis au droit fédéral.
Le débat reste ouvert : jusqu’où peut aller l’application des lois religieuses sans empiéter sur les libertés individuelles ?
Par Komi ABLE



