Par Oumy Thiare

L’éducation de base est l’un des héritages les plus précieux qu’une famille puisse transmettre à ses enfants. Elle ne se résume pas aux bonnes manières ou aux règles de politesse. Elle façonne notre personnalité, guide nos comportements et détermine, en grande partie, la manière dont nous nous comportons en société.
Issue d’une famille multiethnique, composée de Sérères, de Peuls et de Diolas, j’ai grandi dans un environnement où le respect des aînés, l’obéissance aux parents, la solidarité et la bonne conduite occupaient une place essentielle. Nos origines diverses constituaient une richesse culturelle, mais nous partagions une même exigence : celle d’une éducation fondée sur le respect de l’autre et la reconnaissance de l’autorité parentale.
1. Une éducation fondée sur le respect et la discipline
Dans notre famille, maman veillait constamment sur le comportement de ses filles. Elle nous apprenait, par ses paroles et ses actes, qu’un enfant bien éduqué devait savoir parler avec respect, écouter les conseils des adultes et mesurer la portée de ses paroles.
Nous savions qu’on ne pouvait pas se permettre d’insulter quelqu’un, de manquer de respect à un aîné ou de répondre n’importe comment à ses parents. Ces comportements n’étaient tout simplement pas acceptés.
À cette époque, l’éducation d’un enfant ne relevait pas uniquement de ses parents. Elle était aussi une responsabilité collective. Les voisins, les proches et les membres de la communauté participaient, chacun à sa manière, à la transmission des valeurs et au maintien de la discipline.
2. Yaye Né, cette voisine qui veillait aussi sur notre éducation
Au-delà de l’attention permanente de notre maman, nous avions la chance d’avoir une voisine exceptionnelle : Yaye Né, une chrétienne pratiquante, profondément pieuse et attachée aux valeurs morales.
Malgré nos différences culturelles et religieuses, elle contribuait elle aussi à notre éducation. Elle était une véritable référence en matière de discipline, de respect et de bonne conduite.
Chez elle, aucun enfant n’avait le droit de se permettre des insultes ou des comportements irrespectueux. Lorsqu’un garçon ou une fille perturbait la tranquillité familiale, refusait d’écouter ses parents ou dépassait les limites, il arrivait qu’on l’envoie chez Yaye Né.
Et je peux vous assurer que son autorité était respectée !
Dès qu’un enfant rentrait de chez Yaye Né, le calme revenait et personne ne l’entendait plus se comporter comme auparavant. Elle avait cette capacité à faire comprendre les limites, à rappeler les règles et à imposer le respect sans que l’enfant puisse se croire au-dessus de toute autorité.
Avec le recul, je mesure toute la valeur de cette éducation communautaire. Yaye Né n’était pas notre mère, mais elle se sentait concernée par notre avenir. Elle savait qu’éduquer un enfant, c’était aussi contribuer à former un adulte responsable.
Son exemple nous rappelle une vérité fondamentale : l’éducation ne connaît ni frontière ethnique ni barrière religieuse lorsque les valeurs humaines sont au cœur de la démarche.
3. Les réseaux sociaux : le reflet inquiétant d’une crise de valeurs
Malheureusement, aujourd’hui, nous assistons à un phénomène de plus en plus préoccupant.
Sur les réseaux sociaux, certains jeunes, parfois même très jeunes, se permettent d’insulter, d’humilier et de manquer ouvertement de respect à leurs interlocuteurs. D’autres vont jusqu’à remettre en cause les bonnes actions d’un membre de leur famille, d’un ami, d’une connaissance ou d’une personne qui a pourtant contribué positivement à la société.
Le plus inquiétant n’est pas le fait d’avoir une opinion différente. Chacun a le droit de penser librement, de critiquer une décision et d’exprimer son désaccord. La liberté d’expression est essentielle dans toute société démocratique.
Mais la liberté d’expression ne doit jamais devenir un permis d’insulter, de diffamer ou d’humilier autrui.
On peut ne pas partager les idées d’une personne sans l’insulter. On peut critiquer une action sans nier systématiquement les efforts accomplis. On peut dénoncer une erreur sans chercher à détruire la dignité de celui ou celle qui l’a commise.
Le désaccord est légitime ; le manque de respect ne devrait jamais devenir une norme.
Il est également regrettable de constater que certaines personnes semblent avoir perdu le sens de la reconnaissance. Elles oublient qu’un individu peut avoir des défauts tout en ayant accompli de bonnes actions, et qu’il est possible de reconnaître le bien réalisé par quelqu’un sans nécessairement partager toutes ses opinions.
Cette tendance soulève une question essentielle : que transmettons-nous aujourd’hui à nos enfants, et quelle place accordons-nous à l’éducation dans nos familles ?
4. Les parents et la société ont une responsabilité collective
Il serait injuste de condamner toute une génération. De nombreux jeunes sont respectueux, responsables, solidaires et engagés. Ils méritent d’être encouragés et valorisés.
Cependant, nous devons reconnaître que l’éducation des enfants ne peut pas reposer uniquement sur l’école. Les enseignants transmettent des connaissances, mais la famille demeure un lieu fondamental d’apprentissage des valeurs, du respect et du vivre-ensemble.
Les parents doivent réapprendre à fixer des limites, à expliquer les conséquences des comportements et à accompagner leurs enfants dans l’utilisation des réseaux sociaux. Les adultes doivent également donner l’exemple, car on ne peut pas exiger des enfants un respect que nous-mêmes ne manifestons pas.
Il est temps de réhabiliter la responsabilité collective, sans tomber dans les violences éducatives ni dans l’humiliation des enfants. L’autorité doit être accompagnée de dialogue, de cohérence et de bienveillance.
Un enfant doit pouvoir grandir, s’exprimer et défendre ses idées, tout en comprenant qu’il existe des règles qui protègent la dignité de chacun.
5. L’éducation de base, une richesse qui nous accompagne toute la vie
Avec le temps, les diplômes peuvent s’accumuler, les responsabilités professionnelles évoluer, les moyens financiers augmenter et la notoriété grandir. Mais aucune de ces réussites ne peut remplacer les valeurs fondamentales acquises dès l’enfance.
Le respect, l’humilité, la reconnaissance, la maîtrise de soi, la tolérance et la considération envers autrui sont des qualités qui donnent toute sa valeur à une personne.
On peut être instruit sans être respectueux. On peut être célèbre sans être humble. On peut avoir de l’argent sans savoir reconnaître les efforts des autres.
En revanche, une personne qui possède une solide éducation de base sait que sa valeur ne se mesure pas uniquement à ce qu’elle possède ou à la place qu’elle occupe dans la société, mais aussi à la manière dont elle traite les autres.
C’est pourquoi nous devons transmettre à nos enfants les valeurs qui ont guidé nos propres familles : le respect des aînés, l’écoute des parents, la solidarité entre les communautés, la reconnaissance du bien et la responsabilité dans nos paroles comme dans nos actes.
CONCLUSION : RETOURNONS AUX VALEURS ESSENTIELLES
Mon témoignage est celui d’une femme qui mesure aujourd’hui, avec le recul, toute l’importance de l’éducation reçue au sein de sa famille et de sa communauté.
Je pense à maman, qui veillait sur notre comportement, mais aussi à Yaye Né, notre voisine chrétienne, qui participait à notre éducation avec la même détermination. Deux femmes, des parcours différents, mais une même conviction : un enfant doit apprendre le respect pour devenir un adulte responsable.
Cette expérience m’a appris que l’éducation est une responsabilité partagée et que les valeurs humaines peuvent rassembler des personnes de cultures et de religions différentes.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons revenir à l’essentiel. Éduquons nos enfants dans le respect, apprenons-leur à reconnaître les bonnes actions, à accepter les différences et à exprimer leurs désaccords sans violence verbale.
Car, au-delà de nos origines, de nos croyances, de nos ambitions et de nos réussites, c’est notre éducation de base qui révèle véritablement qui nous sommes.
Une société qui néglige l’éducation de ses enfants compromet son avenir. Une famille qui transmet de bonnes valeurs leur offre, en revanche, un héritage qui ne perd jamais sa valeur.
L’éducation de base fait la différence dans toutes les dimensions de la vie. Préservons-la, transmettons-la et faisons-en une priorité pour les générations futures.



