
La déclaration du président Bassirou Diomaye Faye selon laquelle le pays reste « entre de bonnes mains » sans l’appui du Fonds monétaire international s’inscrit dans une volonté politique claire : affirmer une souveraineté économique plus marquée. Ce positionnement tranche avec les approches classiques de gouvernance en Afrique de l’Ouest, souvent adossées aux programmes d’ajustement et aux financements des institutions de Bretton Woods.
Au-delà du discours, cette posture pose une question centrale : le Sénégal peut-il durablement se passer de l’accompagnement du FMI ? Si l’exécutif met en avant ses capacités internes et une « ingénierie économique » renouvelée, les marchés, eux, restent sensibles aux signaux envoyés par ces partenaires internationaux, souvent perçus comme des garants de crédibilité macroéconomique.
Le pari du pouvoir repose donc sur un équilibre délicat entre autonomie et confiance. D’un côté, il s’agit de rompre avec certaines contraintes jugées rigides ; de l’autre, il faut rassurer investisseurs et partenaires sur la stabilité budgétaire et la viabilité de la dette. Cette équation est d’autant plus complexe que le pays fait face à des attentes sociales fortes, notamment en matière de coût de la vie et d’emploi.
En filigrane, la sortie du président révèle une stratégie politique autant qu’économique : incarner une rupture sans provoquer de rupture brutale. Reste à savoir si cette ligne pourra être tenue dans la durée, dans un environnement international incertain où la crédibilité financière demeure un levier essentiel de souveraineté.
Par Komi ABLÉ


