Chronique de l’inspecteur Ibrahima Ndiaye

« Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. »
La maxime de Sénèque semble avoir trouvé un écho particulier dans l’actualité sénégalaise. Le 12 mars 2026, devant la nation, le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté un bilan détaillé de l’action gouvernementale engagée depuis son arrivée aux responsabilités. Plus qu’un simple exercice de communication politique, ce discours s’est voulu la démonstration d’une orientation claire dans la gestion des ressources publiques et des contrats stratégiques du pays.
Un contexte hérité de fortes critiques
Depuis plusieurs années, la gestion de certains contrats liés aux ressources naturelles et aux grands projets publics faisait l’objet de controverses au Sénégal. Des voix dans l’administration, la société civile et l’opposition dénonçaient des accords jugés déséquilibrés ou insuffisamment transparents.
Au moment de l’alternance politique, ces critiques ont alimenté le discours d’une nécessaire révision des pratiques de gouvernance économique. L’arrivée au pouvoir de la nouvelle équipe gouvernementale s’est ainsi accompagnée de promesses de renégociation de contrats et de lutte renforcée contre les pertes de recettes publiques.
Une stratégie axée sur la souveraineté économique
Dès le début de son mandat, le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko a affirmé vouloir orienter son action autour de trois priorités :
. la souveraineté économique,
. la transparence dans la gestion des ressources,
. et la révision de certains accords considérés comme défavorables à l’État.
Ces orientations se sont traduites par plusieurs audits et renégociations dans des secteurs stratégiques, notamment les mines, l’énergie et les infrastructures publiques.
Des résultats financiers mis en avant
Lors de la présentation de son bilan, le Premier ministre a avancé plusieurs chiffres illustrant, selon lui, les effets des réformes engagées.
Parmi les éléments cités :
. 1 075,9 milliards de francs CFA identifiés dans le cadre du dossier des Industries chimiques du Sénégal, liés à des taxes ou avantages fiscaux contestés.
. 360 milliards de francs CFA de recettes supplémentaires par an, attendus grâce à l’alignement fiscal de certaines cimenteries.
. 103 milliards de francs CFA d’économies réalisés sur des projets éducatifs après renégociation de contrats.
. 11,6 milliards de francs CFA économisés sur des contrats énergétiques, accompagnés de l’extension de l’électricité à 534 nouvelles localités.
Le gouvernement évoque également la reprise en main du projet gazier Yaakar-Teranga, la résiliation de certains blocs pétroliers et la nationalisation d’actifs miniers stratégiques.
Réformes et résistances
Ces décisions ont suscité des réactions contrastées.
Pour les partisans du gouvernement, elles traduisent une volonté de rétablir l’intérêt national dans la gestion des ressources naturelles.
D’autres observateurs appellent toutefois à la prudence et soulignent que les effets réels de ces mesures devront être évalués dans la durée, notamment en matière d’investissements et de stabilité économique.
Un tournant dans le débat public
Au-delà des chiffres, cette séquence politique marque un moment important dans le débat sur la gouvernance économique du Sénégal. Les questions de transparence, de souveraineté et de partage des ressources occupent désormais une place centrale dans la discussion publique.
Reste à savoir si les réformes engagées permettront de produire, sur le long terme, les résultats économiques attendus.
Mais une chose apparaît déjà : la gestion des ressources nationales est devenue un enjeu majeur du débat politique sénégalais.
Et, comme le suggère la maxime de Sénèque citée au début de cette chronique, la direction choisie pourrait bien déterminer les vents à venir.



1 Commentaire
Formidable. Félicitations.