Chronique du Pr Alioune Badara Ndiaye

Djilacoune, localité nichée dans la commune de Coubalan (arrondissement de Tenghory, département de Bignona, région de Ziguinchor), incarne à bien des égards les paradoxes du monde rural sénégalais : une forte richesse humaine et culturelle, mais confrontée à un enclavement persistant qui freine son développement.

Situé à moins de cinq kilomètres à vol d’oiseau de Goumel, le village reste difficile d’accès. En l’absence de voie directe traversant le fleuve ou d’infrastructure de franchissement, les usagers sont contraints d’effectuer un détour par Tobor pour rejoindre les localités voisines. Une situation héritée de l’abandon, au lendemain des indépendances, du projet de route directe reliant Djilacoune au reste de la zone. Entre Boutoumol, quartier de Tobor, et Djilacoune, les vestiges de ce chantier inachevé demeurent visibles, rappelant une promesse de désenclavement restée lettre morte. Depuis lors, les populations vivent avec les conséquences économiques et sociales de cet isolement.

Fondé en 1911 par Samba Ndaw, un Sérère originaire du Ndoucoumane, Djilacoune est né grâce à un geste de générosité des populations diola de Coubalan, qui lui ont offert des terres pour s’y établir. Son union avec une femme diola de Kagnarou, portant le patronyme Goudiaby, illustre dès les débuts le brassage culturel qui façonnera l’identité du village.
Très tôt, les Goudiaby de Kagnarou rejoignent le fondateur, suivis par les Koté, d’origine mandingue. Selon la tradition orale, le nom même du village serait issu de l’expression « Djilaco baba » (« Résidez là-bas »), prononcée par les premiers hôtes de Samba Ndaw. Au fil du temps, cette formule d’accueil se serait transformée pour donner Djilacoune.

Aujourd’hui, la localité est composée de deux quartiers : Djilacoune Grand et Djilacoune Petit. Elle se distingue par une diversité ethnique remarquable, avec la présence de communautés issues de différentes régions du Sénégal. Les langues diola et wolof y sont principalement parlées, tandis que l’installation progressive de nouvelles confessions religieuses renforce son caractère pluraliste.

Des initiatives ont par ailleurs été entreprises pour documenter l’histoire du village dans une perspective scientifique. Un travail amorcé notamment par le chercheur Abdou Ndukur Kacc Ndao, dont les recherches sur le passé de Djilacoune constituent une contribution importante à la préservation de la mémoire locale.

Malgré les contraintes liées à son enclavement, Djilacoune demeure ainsi un exemple de cohabitation harmonieuse, reflétant à l’échelle rurale le cosmopolitisme caractéristique de la capitale régionale, Ziguinchor. Plus qu’un simple village, Djilacoune apparaît comme un espace de mémoire et de vivre-ensemble, façonné par l’hospitalité et la résilience de ses habitants.



1 Commentaire
Histoire très intéressant merci Mr Ndiaye