Chronique de l’inspecteur Ibrahima Ndiaye

Une énergie nouvelle souffle sur le Sénégal. Le navire de l’État, avec à sa barre le Président Bassirou Diomaye Faye, vogue vers des horizons prometteurs, tandis qu’à ses côtés, le Premier ministre Ousmane Sonko s’attelle à concrétiser les promesses : baisse du riz, du carburant, et des produits de première nécessité. Ces premières lueurs d’une aube économique apaisée méritent d’être saluées.
Pourtant, dans l’élan de ce nouveau départ, une dissonance inquiétante se glisse. La Coalition Diomaye Président, dans son désir légitime de tisser sa toile, commet une erreur stratégique fondamentale, qui n’est pas politique mais humaine : l’erreur de la mémoire courte.
À Ndiaganiao, lors de la mise en place de cellules locales, on observe cette narration tronquée. On bâtit l’avenir en effaçant les fondations. Comment peut-on ériger l’édifice « Diomaye Président » tout en jetant un discret discrédit sur son architecte principal, Ousmane Sonko ?
La vérité est têtue : sans son combat, ses sacrifices et sa popularité inoxydable, le paysage politique ne serait pas ce qu’il est. Il a été le percuteur qui a fait sortir le Sénégal « de l’ombre à la lumière », drainant derrière lui une jeunesse et offrant à Diomaye Faye le tremplin décisif. Nier cela, ne serait-ce que par omission, est une faute contre l’histoire, une faute de communication, et une insulte à l’intelligence du peuple.
Le peuple, lui, n’a pas la mémoire courte. Il se réjouit des résultats du gouvernement tout en suivant les actions du président. Pour lui, cette dynamique est une complémentarité, non une rivalité. Tenter de construire l’aura de l’un en grignotant celle de l’autre est un calcul périlleux qui sème la confusion et risque de rompre l’unité d’action nécessaire.
Le Président Faye est libre d’incarner son propre chapitre. Son leadership doit s’affirmer. Mais il gagnerait en grandeur et en capital sympathie s’il s’exerçait dans la reconnaissance assumée. Parler de Sonko en bien n’est pas une faiblesse, c’est une démonstration de force, de confiance et de loyauté. C’est reconnaître que le mentorat est un socle, et que l’on peut être le nouveau pilote sans renier celui qui a construit l’avion.
Cette tentation de réécriture en temps réel ouvre une brèche là où le pays a besoin d’un rempart. Elle crée une fiction de rivalité absente de l’âme du vote populaire. Le peuple n’a pas choisi Diomaye contre Sonko, mais un binôme, une promesse de continuité. Fragiliser l’un, c’est indirectement ébranler l’autre, car leur force fut toujours symbiotique.
Prenons une image agricole : Sonko a labouré le champ politique, défriché l’indifférence, ensemencé l’alternative. Diomaye Faye arrive à la saison des récoltes. Son rôle est crucial. Mais quel agriculteur sensé, en remplissant son grenier, insulterait la terre et l’outil qui ont permis la moisson ? La récolte est la gloire de toute la chaîne.
Cette dynamique est d’autant plus surprenante que le gouvernement produit ses premiers résultats. C’est le moment de l’unité triomphante, du « nous y sommes arrivés ensemble ». Certains adoptent pourtant une communication de court-termisme, comme si l’on pouvait avancer sans évoquer l’origine du souffle. Le jour où les difficultés surviendront – et elles surviendront –, c’est sur cette unité fissurée que la critique s’abattra. Nier le lien originel, c’est risquer de transformer un soutien fervent en appui tiède et conditionnel.
Le pari le plus intelligent du Président Faye est de bâtir sa légitimité sur une reconnaissance qui l’élève. En disant : « Je marche sur le chemin qu’un frère a ouvert », il sanctifie son pouvoir par la loyauté. Il apparaît alors en continuateur digne, désarmant les critiques et soudant une base militante.
Aux agitateurs de cette discorde muette, un avertissement : vous édifiez sur du sable. La popularité n’est pas un gâteau à partager en cachant des parts ; c’est une flamme qui s’amplifie quand on rallie tous les brasiers.
Le Sénégal a les yeux ouverts. Il voit les baisses de prix et les tentatives de réécriture. Il reste viscéralement attaché à la justice narrative. À la coalition, nous disons : vous avez la chance d’écrire une grande épopée fraternelle. Ne gâchez pas ce potentiel par des omissions qui se retourneront contre votre projet.
L’avenir se construit en regardant devant soi, mais aussi en se retournant pour saluer, avec une fierté sans complexe, ceux sans qui le voyage n’aurait pas commencé. C’est cette intégrité qui fera de Diomaye Faye non seulement un président élu, mais un président aimé, porté par un peuple réconcilié avec sa propre mémoire.
En somme, ne remplacez pas la logique de la lumière cumulative par celle de la lampe torche exclusive. Le Sénégal a besoin de toutes ses lumières. Le Président Faye brille de son propre éclat, mais cet éclat est d’autant plus éblouissant qu’il ne prétend pas éteindre les feux qui l’ont précédé. Il les assume, s’en nourrit, et les prolonge.
La vraie force, sereine et durable, est dans cet équilibre : une mémoire qui honore, un projet qui rassemble. Construisez l’avenir, oui, mais sans jamais oublier de saluer, avec respect, les racines qui ont permis à l’arbre de pousser vers le soleil.
C’est le vœu d’un chroniqueur qui observe, et le conseil amical d’un citoyen qui veut voir son pays avancer, uni et fier.



2 Commentaires
Excellente chronique qui témoigne de la grandeur et du sens du discernement de monsieur Ibrahima Ndiaye. Cette chronique propose une analyse exhaustive et claire avec des positions réfléchis sans pour autant tomber dans le fanatisme ou le fatalisme. L’auteur y attire notre attention sur les risques de la logique de fissuration déjà enclenchée, en mettant l’accent sur les échappatoires en vue.
Merci pour ce chef d’œuvre.
Landing Diedhiou.
Merci pour le retour.