
Oumar Lamine Badji n’est pas tombé par hasard.
Il est tombé parce qu’il avait choisi de rester debout.
Président du Conseil départemental de Ziguinchor, il incarnait une politique rare : une politique de proximité, de courage et de fidélité à la terre. Une politique qui ne se faisait ni dans le confort des salons climatisés ni dans les discours lointains, mais dans la poussière des villages, à l’écoute des anciens, des jeunes, des oubliés. Pour lui, l’action publique avait un visage, une voix, une présence.
Sindian n’était pas seulement son village natal. C’était son socle, sa boussole, sa promesse. C’est là que s’enracinait son engagement, là qu’il puisait sa force et sa légitimité. Oumar Lamine Badji croyait profondément que le développement ne se décrète pas depuis le sommet, mais se construit avec les populations, dans le respect de leur dignité et de leur histoire.
La veille de la Tabaski, alors que les cœurs se préparaient au pardon, au partage et au sacrifice, la violence a choisi son camp. Lâchement. Brutalement. En arrachant à la Casamance l’un de ses fils les plus engagés, on a voulu faire taire une voix, briser une espérance, intimider un territoire. Mais l’histoire l’enseigne avec constance : on ne tue jamais une idée juste en supprimant un homme droit.
Oumar Lamine Badji portait une vision claire : celle d’une Casamance apaisée, réconciliée avec elle-même, actrice de son propre développement. Il croyait en l’État de droit, en une décentralisation utile et efficace, en une gouvernance au service du peuple et non l’inverse. Son engagement n’était ni opportuniste ni tapageur ; il était constant, enraciné, sincère.
Son assassinat constitue une blessure profonde, à la fois politique et morale. C’est une attaque contre la démocratie locale, contre le droit des peuples à choisir leurs représentants et à être servis par les leurs. C’est aussi un rappel douloureux : le combat pour la justice, la paix et le développement reste exposé, mais il n’est jamais vain.
À Sindian, à Ziguinchor, en Casamance et bien au-delà, son nom demeure. Il demeure dans les routes qu’il a rêvées, dans les projets qu’il a portés, dans les consciences qu’il a éveillées. Sa disparition ne signe pas la fin d’un engagement ; elle appelle au contraire à la continuité, à la vigilance et à une responsabilité collective renforcée.
Repose en paix, Oumar Lamine Badji.
La terre que tu as tant aimée te garde.
Et l’histoire se souviendra de toi, au fil des générations.
Adieu, grand serviteur.


