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Niomoune, Hitou, Haer, Diogué, Bakassouk : les îles Bliss, chroniques d’un abandon organisé

Chronique du Pr Alioune Badara Ndiaye

Dans les îles Bliss, vivre n’est pas seulement difficile : c’est le résultat d’un long abandon institutionnel. Ici, ce que l’État n’a pas construit, les habitants le paient chaque jour de leur santé, de leur dignité et parfois de leur vie.
Le fleuve, unique route disponible, est devenu l’unique preuve visible d’une marginalisation qui dure depuis des décennies.

Une pirogue pour seule République

La pirogue est la première autorité publique accessible : elle remplace la route, le bus scolaire, l’ambulance, le transport administratif.
Quand la mer est mauvaise, l’État est absent. Quand il faut traverser pour accoucher, étudier ou simplement acheter du riz, l’État est absent.
Ici, le risque n’est pas choisi : il est imposé.

Les habitants le répètent : « Nous vivons dans un pays, mais nous ne voyons pas l’État. »
Cette phrase, dans les îles Bliss, n’est pas un slogan. C’est un constat.

L’eau potable : un scandale sanitaire à ciel ouvert

L’un des drames les plus criants de l’archipel est l’accès à l’eau potable. Entourées d’eau salée, les populations boivent une eau souvent impropre, parfois dangereuse.
Les conséquences sont connues, documentées, mais ignorées : infections, diarrhées chroniques, problèmes dermatologiques, fatigue permanente.
Les autorités le savent, les rapports l’indiquent, mais les solutions tardent. L’eau potable n’est pas un luxe : c’est un droit humain. Dans les îles Bliss, il reste un privilège.

Des villages sans routes, sans lumière, sans soins

Les infrastructures sont d’une faiblesse indigne d’un pays qui se veut émergent. Les maisons en banco s’effritent, les toits fuient, l’électricité est sporadique, les coupures fréquentes.
Dans la nuit totale, l’insécurité n’est pas seulement physique : elle est psychologique, économique, sociale.

Le système de santé, lui, n’existe presque pas. Une urgence médicale devient un parcours de survie. Des femmes accouchent sur des pirogues, des malades meurent avant d’atteindre le centre de santé le plus proche.
Ce n’est pas la fatalité. C’est l’absence de politique publique.

Une économie qui se bat seule

Pendant que l’État regarde ailleurs, les îles Bliss se débrouillent. Hommes et femmes se lèvent chaque jour pour un travail austère : pêche artisanale, petit commerce, transformation locale, récolte d’huîtres.
Ils produisent, ils nourrissent, ils créent de la valeur.
Mais l’économie locale survit, faute d’être soutenue. Les efforts individuels compensent — provisoirement — l’inertie institutionnelle.

L’école : le naufrage le plus silencieux

Les établissements scolaires ? Trop rares, trop fragiles, trop isolés.
Des enfants traversent le fleuve chaque matin, quand il fait beau. Quand il pleut, ils risquent leur vie pour apprendre l’alphabet.
Quand ils renoncent, ce n’est jamais par manque de volonté : c’est par manque de moyens, de sécurité, de perspectives.

Chaque abandon scolaire dans les îles Bliss est un acte d’accusation contre les autorités.
Ce n’est pas l’enfant qui échoue : c’est la République.

Jusqu’à quand ?

La question n’est plus : que manque-t-il aux îles Bliss ?
La liste est connue. Documentée. Répétée. Diagnostiquée.

La vraie question est :
combien de temps encore l’État acceptera-t-il de maintenir dans l’ombre une partie de son territoire ?
Combien de temps encore tolérera-t-on qu’une population vive dans des conditions que l’on jugerait inacceptables ailleurs ?

Le silence ne peut plus suffire. Les îles Bliss n’attendent pas la charité : elles attendent la justice.

Un rendez-vous majeur : le congrès des Îles Bliss aura lieu du 27 au 29 décembre 2025

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