Chronique du Professeur Alioune Badara Ndiaye

Alors que s’ouvre le marathon budgétaire à l’Assemblée nationale, un dossier mérite une attention toute particulière : celui de la Casamance et de son principal levier institutionnel, l’Agence Nationale pour la Relance des Activités en Casamance (ANRAC).
Derrière les chiffres, il s’agit avant tout d’un choix politique et moral : celui de la paix, du développement équilibré et de la cohésion nationale.
La paix a un prix, le développement aussi
Depuis plusieurs années, la Casamance avance sur le chemin de la réconciliation. Mais la paix ne se décrète pas : elle se construit, jour après jour, par le développement, l’emploi et l’inclusion.
Dans ce combat silencieux, l’ANRAC est l’un des outils les plus stratégiques de l’État.
La fragilité de la région, longtemps marquée par les tensions, exige un accompagnement fort, soutenu et intelligemment financé.
Refuser à l’ANRAC les moyens de son action, c’est prendre le risque de ralentir une dynamique fragile et coûteuse à reconstruire.
Un territoire plein de promesses
La Casamance est un territoire béni :
une terre fertile, une pêche abondante, un potentiel touristique exceptionnel, un artisanat dynamique, et surtout une jeunesse pleine d’énergie et de talents.
Avec des ressources à la hauteur, l’ANRAC peut transformer ces atouts en véritables filières économiques : valorisation agricole, transformation locale, entrepreneuriat rural, exportations régionales.
Chaque franc investi dans l’agence, c’est un franc qui crée de la richesse, des emplois et de l’espoir.
C’est aussi un franc qui rapporte à l’État, en recettes fiscales comme en stabilité sociale.
Un investissement, pas une dépense
Le budget de l’ANRAC ne doit pas être perçu comme une charge, mais comme un investissement à haut rendement social et économique.
Chaque projet réussi renforce les revenus des ménages, réduit la pauvreté et diminue la dépendance à l’aide publique.
Autrement dit, investir dans la Casamance, c’est investir dans la durabilité du pays tout entier.
Réparer les fractures territoriales
Renforcer l’ANRAC, c’est aussi une question de justice territoriale.
La Casamance ne peut rester à la marge du développement national.
Des routes, des infrastructures, des projets agricoles et artisanaux : voilà ce qui reconnecte les zones enclavées au reste du pays et restaure le sentiment d’appartenance à la République.
C’est par l’équité territoriale que l’on consolide la paix.
Un enjeu de confiance nationale
L’action concrète de l’État sur le terrain est le meilleur ciment de la confiance entre les populations et les institutions.
Chaque réalisation visible – un pont, une école, un périmètre agricole – apaise les rancunes, rallume la fierté et réconcilie les mémoires.
L’ANRAC n’est pas seulement une agence de développement : elle est un instrument de confiance nationale.
Un carrefour géostratégique à saisir
La Casamance, par sa position, peut devenir un hub économique entre la Gambie, la Guinée-Bissau et la sous-région.
Elle est un corridor naturel vers l’intégration économique ouest-africaine.
Mais pour saisir cette opportunité géostratégique, il faut un acteur capable de structurer, coordonner et accélérer les projets. Cet acteur, c’est l’ANRAC.
Sous-financer, c’est reculer
Sous-financer l’ANRAC, c’est ralentir les projets, démobiliser les acteurs locaux, entretenir les frustrations et, à terme, fragiliser la paix.
Ce serait un contresens historique.
Les retards coûtent plus cher à la Nation que les investissements courageux.
Choisir l’avenir
Honorables députés, renforcer le budget de l’ANRAC, c’est faire un choix d’avenir :
celui de la stabilité, de l’emploi, de la croissance équitable et de la cohésion nationale.
C’est donner à la Casamance les moyens de son redressement, et au Sénégal les fondations d’une paix durable.
La Casamance n’a pas besoin de compassion, mais de conviction.
Et cette conviction se traduit aujourd’hui en un seul geste concret : donner à l’ANRAC les moyens de sa mission.


