
Du Sénégal au Nigeria, la controverse culinaro-patriotique autour du riz national a pris des allures de conflit diplomatique. Comment accepter que le Jollof Rice, ce plat coloré « made in Nigeria », soit encore présenté comme l’alter ego du véritable ceebu jën, patrimoine immatériel sénégalais inscrit dans l’ADN de toute une nation ? En vertu de quel maraboutage, diront certains, un succédané peut-il prétendre rivaliser avec l’original, fruit d’un héritage historique et d’un savoir-faire transmis de génération en génération ?
Au Sénégal, le ceebu jën est plus qu’un repas : c’est un rituel social, un moment de communion, une identité partagée autour du bol. Derrière sa préparation se cachent des techniques codifiées, un équilibre subtil entre le riz, le poisson et les légumes, une science culinaire qui raconte la culture d’un peuple. Le Jollof Rice, pour beaucoup de Sénégalais, n’est qu’une déclinaison approximative, certes populaire à Lagos ou Accra, mais qui n’atteint jamais la profondeur gustative et symbolique du plat national sénégalais.
Derrière cette joute gastronomique se profile un enjeu de fierté nationale et d’influence culturelle. Qui remportera la bataille du récit culinaire africain ? Le Nigeria, fort de son poids démographique et de la puissance de sa diaspora, ou le Sénégal, qui défend jalousement l’authenticité de son ceebu jën, jusqu’à vouloir en faire un marqueur universel de son identité ? La question reste ouverte, mais une chose est sûre : entre Jollof Rice et ceebu jën, il ne s’agit plus seulement de cuisine, mais d’un véritable affrontement symbolique pour la suprématie culturelle en Afrique de l’Ouest.
Par Komi ABLE


