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Location à Dakar : quand les bailleurs tournent le dos aux autochtones

Chronique du Pr Alioune Badara Ndiaye

Dakar change. Pas seulement dans ses paysages urbains en constante mutation, mais aussi dans ses logiques sociales plus subtiles, plus silencieuses. L’une d’elles, bien qu’encore rarement débattue publiquement, prend de l’ampleur : dans le marché locatif de la capitale sénégalaise, les bailleurs – souvent sénégalais eux-mêmes – manifestent une préférence marquée pour les étrangers ou les membres de la diaspora. Un glissement de confiance que rien ne semble arrêter, et qui mérite qu’on s’y attarde.

Une préférence qui ne se cache plus

Dans des quartiers prisés comme Almadies, Ngor, Fann, Mermoz ou Point E, les annonces sont sans équivoque :

« Préférence locataire expatrié »,
« Client international souhaité »,
« Expatrié recherché ».

Derrière cette formulation polie se dissimule une réalité moins reluisante : le Dakarois moyen n’est plus perçu comme un locataire de confiance.

Des arguments discutables

Les justifications avancées par les bailleurs semblent rationnelles, mais reposent en réalité sur des stéréotypes :

  1. Fiabilité financière : les étrangers sont considérés comme plus stables, payant à temps, voire plusieurs mois à l’avance.
  2. Moins de contestation : on estime qu’un expatrié négociera moins le loyer qu’un Dakarois, plus habitué à discuter les prix.
  3. Entretien du bien : persiste l’idée que les étrangers prendraient davantage soin du logement.
  4. Pouvoir d’achat : beaucoup d’expatriés travaillent pour des ONG, ambassades ou multinationales, avec des budgets largement au-dessus de ceux des ménages locaux.

Mais ces raisons, pour compréhensibles qu’elles paraissent, alimentent une dynamique d’exclusion.

Une exclusion silencieuse mais réelle

Ce tri non officiel dans l’accès au logement crée un phénomène pernicieux :

  • Les Dakarois sont repoussés hors des quartiers centraux, faute de moyens pour suivre l’inflation des loyers dictée par le marché expatrié.
  • Les jeunes actifs se sentent marginalisés, peinant à se loger dans leur propre ville.
  • Un malaise social s’installe, nourri par le sentiment que le statut d’étranger vaut désormais plus que la citoyenneté locale.

Le plus troublant, c’est que cette tendance est portée par des bailleurs sénégalais eux-mêmes. Comme si la confiance dans le “proche” avait été supplantée par une foi aveugle dans le “lointain”.

Ne pas tomber dans la généralisation

Soyons clairs : tous les bailleurs ne fonctionnent pas ainsi, et tous les étrangers ne sont pas favorisés. Certains subissent aussi des refus ou des abus. Par ailleurs, le marché immobilier dakarois est sous forte pression : croissance démographique, urbanisation rapide, rareté de l’offre. Les tensions sont réelles et multiples.

Que faire ?

L’État doit jouer son rôle de régulateur :

  • Encadrer rigoureusement les loyers dans les zones sensibles.
  • Promouvoir des politiques publiques de logement abordable, en particulier pour les classes moyennes et les jeunes.

Mais au-delà des lois, c’est une culture de la confiance qu’il faut rebâtir.

Les préjugés ne font pas de bons contrats.
La discrimination – même silencieuse – engendre des fractures sociales durables.

Dakar mérite d’être une ville inclusive, où chacun peut aspirer à se loger dignement, sans avoir à justifier ses origines ou son passeport.

2 Commentaires

  • Alioune badara ndiaye

    Merci beaucoup mon cher enfant,mon professeur. Suis très heureux de te. Mâcha Allah

  • CHEIKH Anta Diop Ndiaye

    Suis fier de toi papa wallah. Bonne continuation

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