
Par Oumy Thiare
Une vie dédiée à la lumière de l’islam
Le 27 juin 1922, à Tivaouane, s’éteignait El Hadji Malick Sy, érudit islamique et figure fondatrice de la confrérie soufie Tidjaniya au Sénégal. Né en 1855 à Gaé (Gaaya en wolof , Walo), dans un contexte colonial tumultueux, son destin épouse la quête obstinée du savoir. Orphelin de père avant sa naissance, il hérite d’une bibliothèque et d’une mission : incarner l’excellence spirituelle. Sous la tutelle de son oncle maternel Alpha Mayoro Wélé, il mémorise le Coran jeune, puis parcourt pendant 25 ans les foyers intellectuels de l’Afrique de l’Ouest, du Fouta à la Mauritanie, étudiant théologie, droit, astronomie et poésie .
Son pèlerinage à La Mecque en 1888 marque un tournant : il en revient avec le titre de calife de la Tidjaniya pour l’Afrique subsaharienne. Son projet ? Revivifier l’islam par l’éducation, les mosquées, et l’autosuffisance économique. Installé à Tivaouane en 1902, il y érige une zaouïa (école religieuse) et institutionnalise le Gamou, célébration de la naissance du prophète Mahomet, aujourd’hui pilier de la vie culturelle sénégalaise .
L’architecte d’un islam urbain et pacifique
Face à la colonisation, Malick Sy adopte une stratégie novatrice : ancrer l’islam dans les villes. À Dakar, Saint-Louis ou Rufisque, il fonde des daaras (écoles coraniques) et des mosquées, défiant l’administration coloniale qui redoute son influence. En 1914, il établit une zaouïa à Dakar, transformant les centres urbains en bastions de la Tidjaniya. Son œuvre littéraire, immense, inclut des traités de théologie comme Ifhâm al munkir al-jâni (Réduction au silence du dénégateur) et Qilâsu thahab (L’Or décanté), récité lors des Gamou .
“Enseigner, construire des mosquées et gagner sa vie à la sueur de son front” : sa maxime résume une philosophie alliant spiritualité et autonomie .
Refusant les rivalités confrériques, il prône la fraternité islamique. Lorsque des Lébous de Dakar veulent rejeter la Qadriya pour la Tidjaniyya, il les en dissuade par “élégance spirituelle”, préférant l’unité à l’expansion .
Tivaouane, épicentre d’un héritage vivant
103 ans après sa disparition, Tivaouane rayonne toujours comme le cœur de la Tidjaniya. Son mausolée, classé site historique, attire des milliers de pèlerins lors des ziar (visites pieuses) et du Gamou, où la ville vibre au rythme des chants religieux et des conférences .
La succession de Malick Sy, assurée par ses descendants directs, incarne la pérennité de sa mission :
- Seydi Ababacar Sy (1922-1957), son fils, premier calife.
- Serigne Babacar Sy Mansour, actuel calife, perpétue un leadership spirituel et social .
L’héritage matériel aussi perdure : l’avenue Malick Sy à Dakar, le lycée Malick Sy de Thiès, et les 27 daaras fondées par ses disciples en 1920 dans la région du Cap-Vert, témoignent de son enracinement national .
Un message universel face aux défis contemporains
En 2025, l’œuvre de Malick Sy résonne avec acuité. Face à la montée des extrémismes religieux, son islam pacifique, centré sur l’éducation et le dialogue, offre un contre-modèle puissant. Son insistance sur l’autosuffisance économique inspire aussi des initiatives sociales contre la pauvreté.
Rawane Mbaye, traducteur de ses œuvres, souligne : “Son plaidoyer pour un mysticisme éclairé reste un antidote aux obscurantismes” .
L’éternel phare de Tivaouane
El Hadji Malick Sy n’était pas qu’un saint ; il fut un visionnaire politique. En choisissant la pédagogie plutôt que la confrontation, il a offert au Sénégal un islam apaisé, capable de s’adresser au monde sans renier ses racines. Alors que le Gamou 2025 se prépare à Tivaouane, ses sphères illuminées rappelleront, comme chaque année, qu’une vie dédiée à la lumière ne s’éteint jamais.
“Je fus recommandé aux détenteurs des sciences les plus éminentes par mon oncle maternel…”
— Extrait d’Ifhâm al munkir al-jâni, autobiographie spirituelle de Malick Sy .
Les dates-clés de Malick Sy
- 1855 : Naissance à Gaé(Walo).
- 1888 : Pèlerinage à La Mecque, nommé calife de la Tidjaniyya.
- 1902 : Installation à Tivaouane, fondation de la zaouïa.
- 1904 : Construction de la grande mosquée de Tivaouane.
- 27 juin 1922 : Disparition à Tivaouane.


