
Près de huit décennies après les faits, la terre de Thiaroye commence enfin à parler. Des fouilles archéologiques menées depuis début mai dans le cimetière militaire de cette localité de la banlieue de Dakar ont permis la découverte de squelettes humains portant des impacts de balles, ravivant ainsi le souvenir d’un épisode tragique et longtemps occulté de l’histoire coloniale française.
En décembre 1944, plusieurs dizaines de tirailleurs africains, anciens soldats de l’armée coloniale revenus d’Europe après avoir combattu pour la France, furent abattus à Thiaroye par l’armée française alors qu’ils réclamaient simplement le paiement de leurs soldes impayées. Ce massacre, longtemps minimisé ou nié dans les archives officielles, fait aujourd’hui l’objet d’une redécouverte historique sans précédent.
« Des squelettes humains ont été découverts avec des balles dans le corps, au niveau de la poitrine pour certains », a indiqué à l’AFP une source proche du dossier. « Les balles exhumées sont de calibres différents. Pour le moment, seule une petite portion du cimetière a été fouillée », a-t-elle précisé.
Ces fouilles, inédites jusque-là, sont conduites par un comité sénégalais de chercheurs mandatés par l’État, dans le cadre d’un travail de mémoire et de vérité. Elles pourraient permettre, à terme, d’identifier certaines victimes et de documenter précisément les circonstances de leur mort.
Ce retour brutal du passé dans le présent relance le débat sur la reconnaissance officielle du massacre de Thiaroye par la France, qui reste une plaie ouverte dans la mémoire collective de nombreuses familles de tirailleurs et dans l’histoire partagée entre le Sénégal et l’ancienne puissance coloniale.
Alors que les premières découvertes suscitent déjà une vive émotion au Sénégal, beaucoup espèrent que cette exhumation servira de point de départ à un devoir de justice et de réparation, longtemps différé.
Par Komi ABLE



