
L’affaire secoue le pays. Arrêté vendredi matin à son domicile, Succès Masra, ancien Premier ministre du Tchad et président du parti Les Transformateurs, reste en garde à vue dans les locaux de la coordination de la police judiciaire. Il est accusé par les autorités d’être à l’origine des violences meurtrières survenues à Mandakao le 14 mai, qui ont coûté la vie à 42 personnes, en majorité des femmes et des enfants.
Ce samedi 17 mai, pour la première fois depuis l’arrestation de leur client, six des vingt avocats de Succès Masra ont tenu une conférence de presse à N’Djamena pour dénoncer ce qu’ils qualifient de “procédure expéditive” et “politiquement motivée”.
Le parquet et le gouvernement accusent l’opposant d’avoir diffusé un message audio viral en langue ngambay, dialecte du Logone-Occidental, dans lequel il inciterait à la révolte des cultivateurs contre les éleveurs. Le message est considéré par les autorités comme un appel à la haine, et directement lié aux affrontements sanglants survenus à Mandakao.
Les avocats de Masra contestent fermement l’authenticité et l’interprétation de l’audio en question. « Ce message n’a pas été vérifié de manière indépendante, et notre client n’a pas eu accès à ses droits élémentaires depuis son interpellation », a déclaré Me Mahamat Hassan, l’un de ses conseils.
L’affaire intervient dans un contexte de tensions politiques post-électorales et de fragilité sécuritaire dans le sud du Tchad, où les conflits entre communautés restent fréquents. Les organisations de défense des droits humains appellent à une enquête impartiale et s’inquiètent des potentielles dérives dans le traitement judiciaire de cette affaire hautement sensible.
Par Komi ABLE


