
L’ancien Premier ministre tchadien et président du parti d’opposition Les Transformateurs, Succès Masra, a été interpellé à l’aube ce vendredi 16 mai à son domicile, avant d’être placé en garde à vue. Lors d’un point presse tenu en fin de matinée, le procureur de la République, Oumar Kedelaye, a détaillé les charges retenues contre lui.
Selon le parquet, l’opposant est poursuivi pour complicité d’assassinat, incendies volontaires et profanation de sépultures, des accusations d’une gravité extrême. Le procureur affirme que Masra aurait diffusé, à travers ses réseaux sociaux, des messages incitant à la haine et à la violence, susceptibles d’avoir alimenté des tensions communautaires.
Le lien entre ces publications et l’attaque meurtrière survenue mercredi dans le village de Mandakao, dans le sud du pays, est au cœur de l’enquête. Cette attaque a coûté la vie à 42 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, selon un bilan provisoire des autorités locales.
« Il est impensable que des leaders politiques instrumentalisent la parole publique pour attiser la violence », a déclaré Oumar Kedelaye, précisant que des expertises numériques sont en cours pour authentifier les messages incriminés.
Les partisans de Masra dénoncent quant à eux une manœuvre politique destinée à museler l’opposition. Plusieurs figures de la société civile ont déjà exprimé leurs inquiétudes quant à un possible recul des libertés publiques à l’approche des élections générales prévues en fin d’année.
Le dossier, particulièrement sensible, pourrait raviver les tensions dans un pays en quête de stabilité après plusieurs années de transition politique. Les autorités appellent au calme tandis que les premières manifestations en soutien à l’opposant ont éclaté à N’Djamena en début d’après-midi.
L’enquête suit son cours. Succès Masra risque, s’il est reconnu coupable, de lourdes peines de prison.
Par Komi ABLE


