
À 90 ans passés, la veuve de Sékou Touré se fait discrète sur sa vie privée, mais se souvient avec émotion des heures décisives de l’indépendance guinéenne.
Dans un salon paisible baigné de lumière, Andrée Touré, aujourd’hui nonagénaire, reçoit avec élégance et réserve. Lorsqu’on l’interroge sur sa jeunesse, sa rencontre avec Ahmed Sékou Touré ou leur mariage, les réponses se font évasives. « Je ne m’en souviens plus », glisse-t-elle, presque gênée. Parfois, elle murmure : « Vous me demandez beaucoup de choses… »
Mais lorsque la conversation aborde un tournant historique, son regard s’éclaire. Elle évoque avec précision la visite du général de Gaulle en Guinée, en 1958, peu avant le référendum sur l’indépendance. « Il a proposé que nous scellions la communauté française », se souvient-elle.
Elle cite alors, presque mot pour mot, la réponse ferme et célèbre de son époux : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage. » Une déclaration qui avait stupéfait le général de Gaulle. Sa réponse, tout aussi historique : « L’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre… La France n’y sera pas opposée. »
Ce moment, Andrée Touré ne l’a pas oublié. Un instant suspendu dans le temps, où la Guinée a choisi sa propre voie, portée par la voix d’un homme — et le regard discret mais vigilant de celle qui fut à ses côtés.
Par Komi ABLE


