
Le massacre de Thiaroye, longtemps occulté par l’histoire officielle, refait surface grâce à une nouvelle œuvre documentaire. « Fecci Worma », littéralement « Plus jamais ça » en wolof, est un livre qui revient sur cet événement tragique du 1er décembre 1944, où des tirailleurs sénégalais furent exécutés par l’armée française pour avoir réclamé leur solde après avoir combattu pour la France.
L’auteur du livre, Yves Monteil, photographe français, a découvert cette tragédie il y a vingt ans lors d’un voyage au Sénégal. Devant le cimetière militaire de Thiaroye, des amis lui relatent brièvement ce qui s’y est passé. Intrigué, il décide de creuser l’histoire, et ce n’est qu’en 2020 qu’il entame véritablement son enquête.
À travers « Fecci Worma », Monteil mêle photographies et témoignages pour redonner une voix aux oubliés de l’Histoire. L’ouvrage ne se contente pas de documenter les faits, il pose aussi la question de la transmission et de la reconnaissance des événements coloniaux dans la mémoire collective.
Le massacre de Thiaroye est l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire coloniale française. Le 1er décembre 1944, des tirailleurs sénégalais revenant d’Europe réclament les primes qui leur avaient été promises pour leurs services militaires.
Face au refus de l’administration coloniale de les payer intégralement, une mutinerie éclate. La réponse de l’armée française est brutale : des dizaines de soldats africains sont exécutés.
Pendant longtemps, les autorités françaises ont minimisé, voire nié cet événement, avançant un bilan officiel de 35 morts, alors que des historiens estiment que les victimes pourraient être bien plus nombreuses. Ce n’est qu’en 2012 que la France a reconnu sa responsabilité, sous la présidence de François Hollande.
Avec « Fecci Worma », Yves Monteil souhaite sensibiliser le public, notamment les jeunes générations, à cette page méconnue de l’histoire coloniale. Son travail rejoint celui d’autres chercheurs, historiens et artistes qui militent pour que justice et reconnaissance soient rendues aux tirailleurs sénégalais et à leurs descendants.
Ce livre s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de réhabilitation de la mémoire africaine et de ses combattants, trop souvent relégués à l’oubli dans les récits officiels.
Par Komi ABLE


