
Par Pape Tahirou Kanouté
Alors que la saison 2025 de la noix de cajou en Casamance approche à grands pas, les acteurs de la filière sénégalaise sont dans l’expectative. Après la catastrophe de 2024, marquée par des difficultés logistiques, des prix instables et une transformation locale insuffisante, les professionnels du secteur réclament une vision claire et des mesures concrètes pour relancer cette filière stratégique. Dans ce contexte, le modèle ivoirien, souvent cité en exemple, pourrait offrir des pistes de réflexion pour le Sénégal.
Le succès ivoirien : un modèle à suivre
La Côte d’Ivoire est passée de 400 000 tonnes de noix de cajou produites en 2011 à plus d’un million de tonnes en 2024, devenant ainsi le premier producteur mondial. Cette ascension fulgurante s’explique par une série de mesures stratégiques et structurantes. Tout d’abord, le gouvernement ivoirien a mis en place une taxe à l’exportation des noix brutes, incitant ainsi les investisseurs à transformer localement une partie de la production. Ensuite, grâce à des partenariats public-privé (PPP), des unités de transformation ont été développées, permettant de valoriser la noix sur place et de créer des emplois. Enfin, la Côte d’Ivoire a investi dans la recherche et la promotion de ses produits sur les marchés internationaux, renforçant ainsi sa position dans la filière mondiale.
Aujourd’hui, 20% de la production ivoirienne est transformée localement, avec un objectif ambitieux d’atteindre 50% d’ici 2030. Cette approche a permis au pays de contrôler une grande partie de la chaîne de valeur, tout en maximisant les retombées économiques pour les acteurs locaux.
Les atouts du Sénégal et les défis à relever
Le Sénégal, et particulièrement la région de la Casamance, dispose d’atouts indéniables pour développer sa filière cajou. Le climat favorable, les terres fertiles et le savoir-faire local constituent une base solide pour une production de qualité. Cependant, pour éviter de répéter les erreurs de 2024, plusieurs défis doivent être relevés.
Premièrement, il est essentiel de mettre en place une politique claire et incitative pour encourager la transformation locale. Comme en Côte d’Ivoire, une taxe à l’exportation des noix brutes pourrait être envisagée pour stimuler les investissements dans les unités de transformation. Deuxièmement, des partenariats public-privé pourraient être développés pour moderniser les infrastructures et améliorer la compétitivité de la filière. Enfin, une stratégie de promotion et de valorisation des produits sénégalais sur les marchés internationaux est indispensable pour renforcer la position du pays dans le secteur.
Vers une filière cajou compétitive et durable
La saison 2025 représente une opportunité pour le Sénégal de redresser la barre et de s’engager sur la voie d’une filière cajou compétitive et durable. En s’inspirant des succès de la Côte d’Ivoire, le pays peut mettre en œuvre des mesures concrètes pour maximiser les retombées économiques et sociales de cette ressource précieuse. Les acteurs locaux, soutenus par des politiques publiques adaptées, ont un rôle clé à jouer pour transformer cette vision en réalité.
En définitive, la noix de cajou n’est pas seulement une culture emblématique de la Casamance ; elle est aussi un levier de développement économique pour toute la région. Avec une approche structurée et ambitieuse, le Sénégal peut éviter les écueils du passé et s’imposer comme un acteur majeur sur le marché mondial de la noix de cajou.



