
Saint-Louis, ville tricentenaire et première capitale de l’Afrique Occidentale française, voit son activité emblématique de pêche gravement menacée par les projets d’exploitation gazière. Cette situation, aggravée par la crise climatique, suscite de vives préoccupations parmi les communautés locales et met en lumière le défi de concilier exploitation des ressources énergétiques et préservation des moyens de subsistance traditionnels.
Le gouvernement sénégalais, malgré ses engagements internationaux visant à limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5 degré Celsius conformément à l’Accord de Paris, avance sur la voie de l’exploitation de ses ressources énergétiques. Parmi ces projets figure le gisement offshore de gaz naturel liquéfié (GNL) Greater Tortue Ahmeyim (GTA), mené par la compagnie britannique British Petroleum (BP). Ce projet, le plus vaste de son genre à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie, comprend l’exploitation des champs gaziers Greater Tortue et Ahmeyim.
Si ces projets représentent un potentiel économique important pour le pays, ils ont également des répercussions considérables sur les populations locales, notamment les pêcheurs de Saint-Louis. Le quartier de Guet Ndar, entièrement dépendant de la pêche, voit son activité principale menacée par l’exploitation gazière. La pêche, représentant 3,2 % du PIB national et 12 % du PIB du secteur primaire, est cruciale pour l’économie locale.
Les activités d’exploration et d’extraction gazières ont des impacts directs sur les écosystèmes marins, souvent déstabilisés. L’établissement d’un périmètre d’exclusion autour des gisements de gaz, englobant les principales nurseries maritimes telles que Diatara, Paraya et Khér bu Ndaw, a restreint l’accès aux ressources halieutiques pour les pêcheurs. Ces derniers sont désormais contraints d’entreprendre des voyages plus longs, plus risqués et trois fois plus coûteux pour trouver des zones de pêche encore productives.
Face à la dégradation de leurs conditions de travail et à la diminution des ressources disponibles, la communauté de Guet Ndar a exprimé son désarroi par des actions de protestation, dont un sit-in en mer. Cette mobilisation a attiré l’attention des médias et conduit à une visite de presse organisée par Lumière Synergie pour le Développement (LSD) pour sensibiliser l’opinion publique nationale et internationale aux effets néfastes de l’exploitation gazière sur les communautés locales.
Lors de cette visite, journalistes locaux et nationaux ont recueilli les témoignages des pêcheurs de la Langue de Barbarie. Ces derniers ont exprimé leur désespoir face à une situation de plus en plus critique. Les pêcheurs ont lancé un appel pressant aux autorités étatiques pour trouver des solutions durables, soulignant que des milliers de familles pourraient être privées de leur source de subsistance. Bien que l’exploitation des ressources gazières offre des perspectives de développement économique, elle nécessite également la préservation des activités de pêche et des autres activités connexes.


