
À quelques jours de la Journée mondiale sans tabac, les acteurs de la lutte antitabac au Sénégal ont lancé un vibrant appel aux nouvelles autorités pour un engagement renforcé dans ce combat sanitaire. Lors d’une conférence mercredi à Dakar, le Dr Abdoul Aziz Kassé, figure emblématique de ce mouvement, a dressé un constat alarmant.
“La chicha doit être interdite d’urgence au Sénégal, comme l’a fait le Mali”, a martelé le médecin. Et pour cause : une seule session de narguilé équivaut à fumer entre 20 et 100 cigarettes selon les études, un niveau d’exposition inacceptable aux substances toxiques et cancérigènes.
Si les pays riches ont réussi à faire reculer le fléau du tabagisme grâce à une législation stricte, Dr Kassé s’inquiète d’une tendance inverse en Afrique. “L’industrie du tabac, face à l’érosion de ses marchés traditionnels, se tourne désormais vers la jeunesse africaine comme nouvelle cible”, dénonce-t-il.
Au Sénégal comme ailleurs, les multinationales du tabac ont même diversifié leurs produits pour mieux contourner la loi. Outre la chicha, elles proposent désormais des produits soi-disant “fun” comme des cachets ou des baumes à la nicotine, voire aux dérivés du cannabis. “Nos enfants sont en première ligne face à cette offensive marketing”, alerte Dr Kassé.
Face à cette offensive, le militant réclame du nouveau pouvoir une véritable “politique ferme” antitabac, à l’image des mesures déjà prises avec succès dans d’autres pays africains comme le Maroc, l’Algérie ou l’Afrique du Sud.
“Il ne suffit plus d’avoir une loi interdisant de fumer dans les lieux publics, insiste Dr Kassé. Il faut aller plus loin en bannissant définitivement des produits comme la chicha, et en taxant massivement la vente des produits du tabac pour les rendre inabordables, surtout pour les jeunes et les plus pauvres.”


