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Kankourang à Ziguinchor : comment perpétuer le rite dans la ville d’aujourd’hui ?

Par Mamadou Diombera, Professeur Titulaire des Universités CAMES en Tourisme, Patrimoine et Culture . Chef du Département Tourisme à l’Université Assane Seck de Ziguinchor

À Ziguinchor, la question de la préservation du Kankourang se pose aujourd’hui avec une acuité particulière. Faut-il, en ce début du XXIᵉ siècle, continuer à pratiquer ce rite exactement comme le faisaient nos grands-parents ?

C’est, en filigrane, la réflexion que soulève l’arrêté du Préfet. Loin de constituer un réquisitoire contre une tradition profondément ancrée dans l’histoire et la culture locales, cette décision invite surtout à engager une réflexion collective sur les conditions permettant au Kankourang de continuer à vivre dans une ville qui a profondément changé.

Un patrimoine culturel à préserver

Le Kankourang est un masque emblématique du rite d’initiation mandingue. Depuis des générations, il accompagne le passage des jeunes garçons vers l’âge adulte.

Le rituel est notamment marqué par une gestuelle vive, le Diambadong, ainsi que par la présence du Kankourang, coutelas à la main, dont le passage impose aux non-initiés de s’écarter.

Au-delà de sa dimension spectaculaire, le rite véhicule des valeurs fondamentales : le courage, la discipline, le respect des aînés et la cohésion du groupe.

Reconnu en 2008 par l’UNESCO et inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le Kankourang constitue ainsi un héritage culturel majeur que les générations actuelles ont la responsabilité de préserver.

Une tradition confrontée à une nouvelle réalité urbaine

Mais le contexte dans lequel se déroule aujourd’hui le Kankourang n’est plus celui d’il y a plusieurs décennies.

Il y a quarante ans, le rite se pratiquait principalement dans des villages où la brousse, l’espace disponible et la forte cohésion communautaire constituaient le cadre naturel de l’initiation.

Ziguinchor est désormais une ville dense, avec des quartiers rapprochés, une population diverse, une circulation importante et une vie quotidienne fortement structurée par les écoles, les marchés et les activités économiques.

Dans cet environnement urbain, les sorties du Kankourang peuvent croiser la circulation, les activités commerciales, les familles appartenant à différentes confessions ainsi que les impératifs liés à la sécurité publique.

Des pratiques qui semblaient autrefois aller de soi peuvent ainsi susciter aujourd’hui des inquiétudes, des tensions, voire des incidents.

Adapter le rite sans le dénaturer

Pour autant, adapter le Kankourang à son environnement actuel ne signifie pas nécessairement renoncer à la tradition.

Adapter n’est pas trahir.

C’est au contraire une condition essentielle pour permettre au rite de continuer à être transmis aux générations futures.

Une tradition qui sait dialoguer avec son époque peut continuer à vivre et à se transmettre. À l’inverse, une pratique qui refuse toute adaptation risque progressivement d’être contestée ou rejetée.

À Ziguinchor, la sauvegarde du Kankourang ne devrait donc pas consister uniquement à reproduire le rite à l’identique, mais à trouver les conditions permettant de l’inscrire dans un cadre compris, accepté et respecté par l’ensemble de la communauté.

L’enjeu est désormais de préserver l’essence du Kankourang, ses valeurs et sa dimension culturelle, tout en tenant compte des réalités de la ville contemporaine.

C’est à cette condition que ce patrimoine, transmis de génération en génération, pourra continuer à occuper une place centrale dans l’identité culturelle de Ziguinchor.

1 Commentaire

  • Jean Paul SAMBOU

    Merci beaucoup Professeur.
    Concernant le Kancourang votre idée et réflexion nous permettent de voir les choses sous un autre angle.
    Merci de toujours proposer des idées originales et créatives.
    C’est super d’avoir partagé ça avec nous, merci à toi pour cette belle initiative.

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