Chronique de Babou Birame Faye

Sanctionner le Sénégal à la suite des incidents survenus lors de la CAN 2025 ne relèverait pas d’une simple erreur d’appréciation. Ce serait une forfaiture caractérisée. Une décision injuste, arbitraire et indigne, qui ferait basculer la Coupe d’Afrique des Nations dans une zone dangereuse où le droit cède la place à la complaisance, et où l’équité devient une variable politique.
Les faits sont clairs. Le Sénégal n’a provoqué aucun incident.
Le Sénégal n’a organisé aucun dispositif sécuritaire.
Le Sénégal n’a exercé aucune pression sur des supporters adverses.
Les dysfonctionnements observés sont structurels, organisationnels et sécuritaires. Ils relèvent exclusivement du pays hôte. Toute tentative de transfert de responsabilité vers l’équipe sénégalaise ou ses supporters procède d’un mensonge institutionnel et d’une manipulation des principes de responsabilité.
Les supporters sénégalais ont été entravés, discriminés, provoqués, parfois humiliés. Les conditions d’accès aux stades, d’encadrement et de protection ont gravement failli. Et pourtant, malgré cette accumulation d’injustices, aucune consigne de violence, aucun appel à la confrontation, aucune rupture de l’ordre public n’est venue du Sénégal. Cette retenue contraste violemment avec le climat délétère entretenu autour des rencontres.
Sanctionner le Sénégal dans ce contexte reviendrait à légitimer l’hostilité et à criminaliser la dignité.
Le principe de responsabilité objective ne saurait servir d’alibi à l’injustice. Appliqué sans discernement, il devient un instrument de sanction politique, et non un outil de régulation sportive. Le droit sans équité n’est plus du droit. Punir le Sénégal pour des faits qu’il n’a ni causés ni contrôlés constituerait une perversion manifeste des règles.
Pire encore, une sanction contre le Sénégal créerait un précédent gravissime. Elle enverrait un message clair et dangereux : dans le football africain, il serait désormais possible d’influencer une compétition par la pression extra-sportive, par l’asphyxie des supporters adverses et par la manipulation de l’ordre public. Ce serait officialiser l’idée que l’on peut gagner hors du terrain ce que l’on n’arrive pas à gagner sur la pelouse.
Or, le Sénégal gagne sur le terrain.
Depuis des années.
Par le travail, la rigueur, la discipline et la constance.
Ses victoires sont le fruit d’un projet sportif sérieux, structuré et assumé — pas d’arrangements de couloirs ni de manœuvres d’arrière-plan. Remettre en cause ces acquis par des décisions iniques serait un acte de sabotage moral de la CAN.
La CAF est aujourd’hui au pied du mur. Elle ne peut plus se réfugier derrière des formulations floues ni des équilibres diplomatiques. Elle doit choisir : la justice ou la compromission, l’équité ou le discrédit, l’avenir ou le soupçon permanent.
Toute sanction contre le Sénégal serait interprétée, à juste titre, comme un renoncement à ses propres principes.
Le Sénégal ne se gagne pas hors du terrain.
Et aucune instance, aussi puissante soit-elle, ne peut durablement piétiner la vérité sportive sans en payer le prix.
Sanctionner le Maroc n’est pas une option politique.
C’est une exigence de justice.


