Chronique de Ibrahima Ba

L’expérience accumulée au cours de plus d’un siècle de pratiques diplomatiques controversées a largement mis en lumière l’incapacité des États-Unis, à des degrés divers, à mener une politique étrangère conforme aux idéaux de justice et de démocratie qu’ils proclament à travers le monde. Derrière le discours officiel d’une démocratie exemplaire se cache, bien souvent, une réalité fondée sur la force, l’intimidation et l’ingérence.
Avec les États-Unis, le droit cède fréquemment la place à la loi du plus fort. La logique de domination prévaut sur celle de la raison humaine, et la brutalité stratégique se substitue aux principes de la civilisation. Cette posture s’inscrit dans une volonté persistante de contrôler l’économie mondiale, y compris par des moyens coercitifs lorsque cela est jugé nécessaire.
Les accusations portées contre le président vénézuélien Nicolás Maduro, présenté comme un dictateur ou un criminel, s’inscrivent dans cette longue tradition de prétextes fallacieux utilisés pour justifier des interventions politiques, économiques ou militaires contre des États souverains du Sud. Cette méthode n’est pas nouvelle. L’histoire récente regorge d’exemples édifiants.
L’Afghanistan, d’abord, où la « chasse à l’homme » menée dans les montagnes de Fayzabad ou de Taloqan a servi de justification à une présence militaire américaine durable à Kaboul depuis 2001, avec des dizaines de milliers de soldats déployés. Puis l’Irak, envahi sous l’administration de George W. Bush sur la base des affirmations de Colin Powell concernant l’existence supposée d’armes de destruction massive — armes qui ne furent jamais retrouvées. Cette opération s’est soldée par l’exécution de Saddam Hussein en décembre 2006, à l’issue d’un procès controversé.
Ces hypothèses, construites et diffusées par les cercles dirigeants américains, apparaissent aujourd’hui comme le fruit de complots élaborés au plus haut sommet de l’État, avec l’appui d’institutions telles que la CIA, l’OTAN et certains alliés européens. Tous cautionnent, de manière directe ou indirecte, un ordre international dominé par un pouvoir étasunien se considérant comme le « gendarme du monde ».
Face aux États nationalistes et souverainistes, dirigés par des dirigeants indépendants et non par des relais des institutions de Bretton Woods, les États-Unis adoptent une posture hostile. Tout pouvoir qui agit en dehors de leur sphère d’influence est perçu comme une menace.
Il est pour le moins paradoxal qu’un pays se présentant comme le champion de la démocratie s’emploie à renverser, emprisonner ou éliminer politiquement des chefs d’État démocratiquement élus. Si un qualificatif devait résumer cette politique étrangère, ce serait celui d’« État voyou », tant les pratiques observées contredisent le discours officiel de liberté et de démocratie.
Hier, ce fut le Nigeria, frappé par des opérations militaires américaines sous couvert de lutte contre des groupes djihadistes. Aujourd’hui, c’est le Venezuela. Demain, qui sera la prochaine cible ?
Dans ce contexte, l’Afrique doit impérativement se réveiller et prendre conscience des réalités du système international. Le monde des interdépendances n’est pas un espace d’égalité, mais un jeu de dupes où les puissances impérialistes testent, observent et planifient. L’Afrique, riche de ressources stratégiques et présentée comme une « terre de survie pour l’humanité », constitue un enjeu majeur.
La préservation des immenses richesses africaines — or, diamant, uranium, pétrole — doit devenir une priorité absolue. La présence accrue de navires de guerre américains dans le golfe de Guinée constitue à cet égard un signal fort, qui ne saurait être ignoré.
À bon entendeur.


