
Quand le discours politique tue
La mort de Baba Abdoulaye Diop ne peut être reléguée au rang d’un simple fait divers. Elle interpelle la conscience nationale et pose une question fondamentale : jusqu’où peut aller l’irresponsabilité politique dans une démocratie en quête de stabilité et de cohésion sociale ?
Selon le témoignage de son père, Aboubakry Diop, ancien serviteur de l’État, son fils aurait été victime d’un climat de haine nourri par des discours politiques tenus lors des dernières élections législatives. Désigné comme « étranger » par son assassin, Baba Abdoulaye Diop a payé de sa vie une stigmatisation fondée sur une origine supposée. Pourtant, il était sénégalais de souche, issu d’une famille ayant consacré toute sa vie au service public.
Mais au-delà de la nationalité réelle ou supposée de la victime, l’essentiel est ailleurs. Même étranger, même différent, aucun être humain ne mérite la mort pour ce qu’il est ou pour ce que d’autres imaginent qu’il est. Qui choisit ses parents ? Qui choisit son pays de naissance ? Ces questions, simples en apparence, révèlent l’absurdité tragique des discours d’exclusion.
La liberté d’expression, pilier de toute démocratie, ne saurait être confondue avec la liberté d’inciter à la haine. Lorsqu’un discours politique instrumentalise l’identité, oppose les communautés et désigne des boucs émissaires pour engranger des voix, il cesse d’être un débat d’idées pour devenir un facteur de violence. Les mots, dans ce contexte, ne sont jamais neutres. Ils préparent les actes.
La responsabilité des acteurs politiques est donc pleinement engagée. Gouverner, aspirer au pouvoir ou solliciter la confiance des citoyens impose une exigence morale : mesurer l’impact de ses paroles sur une société déjà fragilisée par les tensions sociales, économiques et identitaires.
L’État du Sénégal ne peut rester indifférent face à cette alerte. La mort de Baba Abdoulaye Diop est le symptôme d’une désintégration progressive du vivre-ensemble, où la citoyenneté se fragmente et où la peur de l’autre prend le pas sur la raison. Il appartient aux autorités de garantir la sécurité, mais aussi de préserver le socle républicain fondé sur la dignité humaine, la justice et la paix.
Ce drame doit servir de leçon. Si rien n’est fait pour encadrer la parole publique, responsabiliser les leaders et restaurer un débat politique apaisé, d’autres tragédies suivront. Un pays ne se construit pas sur la haine, mais sur la capacité à vivre ensemble malgré les différences.
La mort d’un jeune homme ne doit pas être vaine. Elle doit être un rappel : une démocratie meurt aussi lorsque les mots deviennent des armes.
Par Aminata Diatta


