Au Congrès des maires de France, le général Fabien Mandon a lancé un avertissement sans détour : la France doit se préparer à un possible conflit majeur d’ici la fin de la décennie. Face à la Russie, il appelle les élus locaux à jouer un rôle central dans la sensibilisation et la résilience des populations.
L’intervention a surpris par sa franchise. Invité du 107ᵉ Congrès des maires, le chef d’État-major des Armées (CEMA), le général Fabien Mandon, a exhorté les maires à « préparer la population » aux tensions internationales croissantes. Selon lui, la Russie représente une menace croissante et pourrait chercher l’affrontement avec l’Europe « avant 2030 ».
« Préparer les Français à un monde plus dur »
Le haut gradé a dressé un constat alarmant : « Le monde se durcit, et l’Europe n’est plus à l’abri. »
Dans un contexte marqué par la poursuite de la guerre en Ukraine, la militarisation croissante de la Russie et les incertitudes autour de l’engagement américain, le CEMA estime que la France doit accélérer sa préparation à une possible crise majeure.
Il appelle les élus locaux à devenir « un maillon essentiel » de cette préparation :
information, pédagogie, résilience civile et soutien aux forces armées.
Les maires, dit-il, sont « au contact direct des citoyens » et peuvent contribuer à expliquer les enjeux, les risques et les efforts collectifs à venir.
Doubler la réserve et renforcer l’ancrage local des armées
Le général Mandon souhaite également un renforcement massif de la réserve militaire, avec un objectif fixé à 80 000 réservistes.
Il demande par ailleurs aux collectivités d’accueillir davantage de militaires, d’adapter les infrastructures locales (logements, écoles, crèches) et d’ouvrir leurs territoires à des manœuvres et entraînements.
Un effort indispensable, selon lui, pour assurer la capacité de mobilisation rapide en cas de crise majeure.
Un message jugé « saisissant » par de nombreux élus
Dans l’auditorium, l’intervention a laissé une partie des maires partagés entre inquiétude et responsabilité.
Certains saluent un discours « lucide », assumant enfin la gravité du moment.
D’autres s’interrogent : jusqu’où les communes peuvent-elles aller pour « préparer la population » sans créer d’anxiété ou empiéter sur le rôle de l’État ?
Plusieurs élus pointent également des contraintes très concrètes : manque de logements disponibles, budgets locaux sous tension, difficultés d’aménagement.
Une stratégie de dissuasion plus que d’alarme
Le général Mandon se défend toutefois de dramatiser le contexte.
Selon lui, il ne s’agit pas d’annoncer une guerre imminente, mais de renforcer la crédibilité de la France et de l’Europe.
Une nation prête, affirme-t-il, est une nation moins vulnérable : « Si nos ennemis nous savent déterminés, ils iront voir ailleurs. »
Un tournant dans la communication militaire
Cette prise de parole marque une évolution notable : les enjeux de défense ne sont plus exclusivement l’affaire des militaires et de l’État central.
Ils deviennent un sujet territorial, civique et collectif.
Avec cette intervention, les armées cherchent visiblement à installer une nouvelle culture de résilience, à l’heure où la géopolitique mondiale se tend et où la perspective d’un conflit de haute intensité, longtemps impensable, ne l’est plus.
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