Partager l'article

SÉNÉGAL : LA CULTURE EN AGONIE

Chronique d’un naufrage annoncé

Par Guisse Pene , Consultant culturel

Depuis trois décennies, le Sénégal assiste, impuissant, à la lente asphyxie de son écosystème culturel. Derrière les grands discours et les colloques feutrés, les artistes suffoquent, les initiatives s’essoufflent, et les institutions tournent à vide. La culture, jadis moteur d’identité et de cohésion, semble aujourd’hui reléguée au rang de slogan. Chronique d’un naufrage annoncé.

LES MÊMES VISAGES, LES MÊMES DISCOURS

Depuis trente ans, les mêmes visages saturent nos écrans. Ils se proclament experts, spécialistes, consultants de la culture. Ils voyagent de forum en forum, prêchant des solutions jamais mises en œuvre, multipliant les rapports que personne ne lit.
Leurs discours sont ronds, bien rédigés, mais creux. Ils parlent de culture comme on parle d’un produit à vendre, d’un indicateur à cocher.
Mais la culture n’est pas une équation à résoudre dans une salle climatisée.

LA CULTURE, UNE VIE AVANT TOUT

Je le dis et je le répète : la culture n’est pas une activité académique, c’est une expérience de terrain, une vibration, une mémoire vivante.
Elle se vit dans les quartiers, sur les scènes improvisées, dans les rues où se peignent encore les rêves.
Elle est la respiration d’un peuple, sa manière de se raconter au monde.

La culture ne se mesure pas en bilans. Elle a besoin d’accompagnement, d’écoute, de volonté politique. L’État, les mécènes, les partenaires et les sponsors doivent cesser d’être spectateurs. Il faut leur rappeler que soutenir la culture, c’est soutenir la nation.

LES EXPERTS DU VIDE

Le lobbying culturel permet de rester visible, certes. Mais que vaut cette visibilité sans ancrage réel ?
Comment être présent si l’on ne descend jamais sur le terrain, dans les ateliers, dans les festivals, dans les rues où la culture se danse et se chante ?
À force de débattre entre eux, les experts ont fini par oublier la réalité du peuple créateur.
Les rapports s’entassent, les rêves s’enterrent, et les artistes continuent de se battre seuls contre l’oubli.

ASSOCIATIONS ET COMPROMIS

Et les associations ? Où est passée leur flamme militante ?
Elles qui jadis osaient déranger, dénoncer, proposer, semblent aujourd’hui prisonnières des logiques de financement et des compromis silencieux.
Leur survie passe avant leur mission. Leur discours s’est adouci, leur engagement s’est dilué.
Or la culture a besoin d’organisations courageuses, prêtes à porter la voix des oubliés, pas à reproduire les schémas institutionnels.

LES ARTISTES NE DEMANDENT PAS LA CHARITÉ

Les artistes sénégalais veulent vivre de leur art, dignement.
Pas seulement être applaudis, mais reconnus comme des bâtisseurs de sens, des éclaireurs de société.
Ils ne demandent pas la charité, ils réclament la justice.
Ils ne veulent pas des vitrines, mais des espaces.
Ils ne cherchent pas la validation, ils exigent la considération.

« L’artiste n’est pas un décor de cérémonie, c’est un architecte de conscience. »

POUR UNE RÉVOLUTION CULTURELLE

Il est temps de rompre le cercle vicieux : des experts sans terrain, des rapports sans suite, des débats sans lendemain.
Le Sénégal doit redonner à la culture sa force première : celle d’un peuple qui se raconte, qui se relève, qui se réinvente.

Ce renouveau passe par un toilettage en profondeur du milieu culturel : écarter les pseudo-experts, renouveler les cadres, insuffler des énergies jeunes et sincères.
La culture ne doit plus être un dossier administratif, mais une cause nationale.
Car un pays qui néglige sa culture est un pays qui s’oublie lui-même.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Edit Template

Contact

Oumy Thiare

Directrice de publication

Articles récents

  • All Post
  • Actualité
  • Administration
  • Afrique
  • Agriculture
  • Animaux
  • Armée
  • Assurance
  • Audiovisuel
  • BTP
  • Budget
  • Cinéma
  • Climat
  • Commerce
  • Communication
  • Coopération
  • Culture
  • Diplomatie
  • Douane
  • Écologie
  • Economie
  • Éducation
  • Élevage
  • Émigration irrégulière
  • Énergie
  • Enseignement supérieur
  • Entrepreneuriat
  • Environnement
  • Finances
  • Fiscalité
  • Francophonie
  • Gastronomie
  • Gendarmerie
  • Histoire
  • Industrie
  • Infrastructure
  • International
  • Justice
  • Leadership
  • Liaison maritime
  • Livre
  • Médecine
  • Médias
  • Météo
  • Migration
  • Mode
  • Musique
  • Partenariat
  • Patrimoine
  • Pêche
  • People
  • Police
  • Politique
  • Religion
  • Réseaux sociaux
  • Ressources naturelles
  • Santé
  • Science
  • Sécurité
  • Société
  • Sport
  • Taxes
  • Technologie
  • Tourisme
  • Transport
  • Uncategorized
    •   Back
    • Climat

©Massada communication agency