Par Faks Abdou Mané,Coordonnateur de l’Association Culturelle et de Recherche Beneen Yoon Sénégal

Malgré la loi de 2004 rendant l’école gratuite et obligatoire au Sénégal, de nombreux enfants de Ziguinchor restent privés d’éducation à cause du coût élevé de la scolarité.
Alors que le Sénégal célèbre depuis plus de vingt ans la gratuité de l’enseignement primaire, la réalité sur le terrain à Ziguinchor raconte une toute autre histoire. Dans plusieurs écoles publiques de la région, les parents d’élèves sont contraints de s’acquitter de frais de scolarité jugés excessifs, rendant l’accès à l’éducation difficile, voire impossible, pour les familles les plus modestes.
« Nos enfants ne vont plus à l’école à cause de la cherté de la scolarité », alerte Faks Abdou Mané, acteur culturel et militant associatif basé à Ziguinchor.
Une loi ignorée sur le terrain
Adoptée en 2004, la loi sénégalaise sur l’éducation rend l’école gratuite et obligatoire pour tous les enfants âgés de 6 à 16 ans. Le Programme Décennal de l’Éducation et de la Formation (PDEF), mis en œuvre à l’époque, visait à alléger la contribution financière des parents et à garantir un accès universel à l’école publique.
En théorie, les frais demandés aux familles ne devraient couvrir que de petites dépenses ponctuelles décidées en accord avec le Comité de Gestion de l’École (CGE) — pour des besoins comme la réparation de bancs, la peinture ou l’achat de matériel collectif.
Mais à Ziguinchor, les montants exigés dépassent largement ce cadre.
Des frais qui excluent les plus pauvres
Dans plusieurs écoles primaires, les parents doivent verser entre 4.000 et 6.000 F CFA pour l’inscription en classe de CI, et entre 3.500 et 5.000 F CFA pour les autres niveaux du primaire.
Les collèges demandent souvent 8.000 F à 10.000 F CFA, sans compter les tenues scolaires qui coûtent jusqu’à 7.500 F CFA.
Pour une famille comptant plusieurs enfants scolarisés, ces sommes deviennent insurmontables.
« Une famille de cinq ou six enfants peut se retrouver à devoir débourser plus de 40.000 F CFA avant même la rentrée, sans parler des fournitures scolaires », déplore M. Mané.
Résultat : de nombreux élèves abandonnent l’école ou n’y mettent jamais les pieds, livrés à eux-mêmes dans les rues de la ville.
Le poids de la pauvreté, un frein à l’éducation
Pour beaucoup de parents, ces difficultés ne sont pas nouvelles.
M. Mané en témoigne lui-même :
« Mes parents ne pouvaient pas payer mes frais de scolarité, à peine 1.000 ou 1.500 F à l’époque. J’étais souvent renvoyé de l’école. Au collège, c’était encore plus humiliant : être sorti de classe devant ses camarades à cause d’un retard de paiement, c’est une blessure qui reste. »
Un vécu partagé par de nombreux élèves de Ziguinchor, dont plusieurs abandonnent définitivement leurs études dès le cycle moyen.
Un appel pressant aux autorités
L’acteur associatif interpelle directement les autorités nationales et locales :
« Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale, Monsieur le Gouverneur, Monsieur le Préfet, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, Monsieur l’IEF de Ziguinchor : l’État doit réagir. L’école gratuite ne doit pas rester un slogan. »
Il demande un contrôle plus rigoureux des frais exigés dans les établissements publics et un accompagnement concret des écoles pour éviter que les parents soient forcés de financer des besoins essentiels qui devraient relever du budget de l’État.
Mobilisation citoyenne
Faks Abdou Mané, également membre des associations Noumec Théâtre et Énergie pour les Droits Humains du Sénégal, a multiplié les vidéos et messages sur les réseaux sociaux pour alerter sur cette situation.
Son objectif : relancer le débat public et mobiliser la société civile autour du droit à une éducation véritablement gratuite.
« Je ne veux pas que d’autres enfants vivent ce que j’ai vécu. L’école est un droit, pas un privilège », conclut-il.


