
Figure emblématique de la littérature et du cinéma africains, Sembène Ousmane demeure une référence incontestée du patrimoine culturel sénégalais. Romancier, cinéaste et militant de la dignité africaine, il a porté haut la voix du continent sur la scène internationale. Pourtant, un paradoxe douloureux subsiste : à Ziguinchor, sa ville natale, aucun édifice public ne porte encore son nom, et sa maison familiale du quartier Santhiaba tombe peu à peu en ruine.
Un pionnier du cinéma africain
Né en 1923 à Ziguinchor, Sembène Ousmane s’est imposé comme l’un des premiers Africains à utiliser le cinéma comme outil d’émancipation et de conscience sociale. À travers des œuvres phares telles que Borom Sarret (1963), La Noire de… (1966) ou encore Camp de Thiaroye (1988), il a su dénoncer les injustices, l’exploitation et les séquelles du colonialisme. Ses films, souvent censurés à leur sortie, continuent de nourrir la réflexion sur les réalités africaines contemporaines.
Un héritage culturel négligé
Malgré cette reconnaissance mondiale, le souvenir de Sembène Ousmane semble s’effacer dans sa propre ville. Sa maison natale à Santhiaba, vestige d’une époque et témoin de son parcours, est aujourd’hui dans un état de délabrement avancé. Faute d’entretien, les murs s’effritent et le lieu, autrefois chargé de symboles, sombre dans l’oubli.
Aucun musée, centre culturel ou établissement scolaire ne porte encore son nom à Ziguinchor, alors même qu’il y a puisé une grande partie de son inspiration.
Un appel à la reconnaissance nationale
Cette situation interroge sur la place accordée à la mémoire des figures culturelles africaines. Alors que plusieurs pays du continent multiplient les initiatives pour valoriser leurs grands artistes, le Sénégal gagnerait à préserver et à promouvoir le patrimoine de Sembène Ousmane, non seulement pour honorer son œuvre, mais aussi pour transmettre aux jeunes générations les valeurs d’engagement, de justice et de dignité qu’il a incarnées.
La réhabilitation de sa maison, sa transformation en musée ou en centre culturel, et la dénomination d’un édifice public en son nom à Ziguinchor constitueraient un geste fort de reconnaissance nationale envers celui qu’on surnomme à juste titre le père du cinéma africain.
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