Chronique du Pr Professeur Alioune Badara Ndiaye

La mendicité est aujourd’hui l’une des réalités les plus visibles et les plus préoccupantes de la société sénégalaise. Dans les rues de Dakar, comme dans celles de Kaolack, Thiès ou Saint-Louis, des enfants et des adultes sollicitent quotidiennement l’aumône. Devenue presque « ordinaire », cette pratique traduit pourtant une profonde crise sociale : privation du droit à l’éducation, fragilisation des familles et perte de dignité humaine.
Pourtant, cette fatalité, largement acceptée ailleurs, connaît une exception remarquable. Dans le département d’Oussouye, en pays Kassa, Casamance, au sud du Sénégal, la mendicité est inexistante. Ce territoire de la région de Ziguinchor est aujourd’hui le seul du pays où l’on ne croise pas d’enfants ni d’adultes contraints de tendre la main.
Pourquoi Oussouye fait-il la différence ?
À Oussouye, la solidarité communautaire est le socle de la vie sociale. La société kassa repose sur une organisation où personne n’est abandonné. Les enfants vont à l’école, les familles participent collectivement à leur éducation et à leur bien-être, et la dignité humaine est protégée comme une valeur cardinale. Ici, le travail est valorisé, et chacun trouve sa place dans l’équilibre social.
Il n’est pas question de voir un enfant errer dans les rues pour survivre. Certes, la pauvreté existe, mais elle est contenue par une culture du partage et une responsabilité collective qui pallient l’absence ou l’insuffisance des mécanismes de l’État. Cette cohésion empêche la marginalisation et rend impossible l’apparition de la mendicité.
Une leçon pour le reste du pays
L’expérience d’Oussouye démontre que la mendicité n’est pas une fatalité au Sénégal. Elle peut être éradiquée si l’on associe trois leviers essentiels :
- L’éducation : chaque enfant doit être scolarisé et protégé.
- La solidarité communautaire : la responsabilité de la dignité humaine ne doit pas reposer uniquement sur l’État, mais sur toute la société.
- La dignité humaine : la mendicité ne doit jamais être tolérée comme une norme sociale.
L’État doit s’inspirer du modèle Kassa
Dès lors, une question s’impose : pourquoi l’État du Sénégal n’élargirait-il pas l’exemple d’Oussouye à l’ensemble du territoire ?
Les autorités publiques gagneraient à s’inspirer de cette réussite locale pour bâtir une politique nationale de lutte contre la mendicité. Car si un département a réussi, rien n’empêche le pays tout entier de suivre cette voie.
Alors, une question s’impose : pourquoi ce modèle ne serait-il pas étendu à l’ensemble du pays ? Si un département a réussi, le Sénégal tout entier peut réussir. Mais il faut une volonté politique claire, un engagement des collectivités, et une mobilisation de la société civile.
Le Sénégal ne peut pas continuer à se résigner face à l’image insoutenable d’enfants mendiants dans ses rues. Oussouye nous rappelle que la dignité est possible, ici et maintenant. Reste à savoir si nous aurons le courage collectif de faire de cette leçon une réalité nationale.


