C’est une affaire qui met en lumière les pratiques controversées de la mairie de Ziguinchor et interroge sur le respect du droit de propriété dans la commune. À Boucotte-Sindian, quartier périphérique, la maison de Mamadou Thiam a été rasée par les services municipaux… sans aucune décision de justice ni procédure légale.
L’histoire commence lorsque M. Thiam, propriétaire d’une bâtisse datant de 1957 — héritée de la famille Seydi et achetée à cette dernière — est convoqué par M. Ngoundiam, responsable de la voirie. L’ultimatum est clair : fournir une délibération dans la semaine, faute de quoi la maison sera détruite. Une menace qui deviendra réalité.
Sept jours plus tard, une quinzaine d’agents de la voirie municipale, menés par M. Ngoundiam, se présentent sur le terrain. La maison est démolie, les tôles, portes, fenêtres et poutres emportés. Aucun acte administratif, aucune décision de justice ne justifie cette intervention.
Mamadou Thiam porte plainte. L’affaire prend une tournure judiciaire : les responsables municipaux sont arrêtés. Mais le dossier bascule ce jeudi 14 août dans le bureau du procureur. Face à M. Thiam et à Abdel Kader Seydi (représentant de la famille vendeuse), la mairie accepte un protocole d’accord : remise d’un terrain et paiement de 6 millions de francs CFA dans un délai d’un mois.
Le document est signé par le secrétaire général de la mairie, l’adjoint au maire et le président de la commission domaniale, en présence de leur avocat. En échange, Mamadou Thiam retire sa plainte.
Cette issue, si elle compense matériellement le préjudice, laisse intactes de nombreuses questions :
- Comment la mairie a-t-elle pu procéder à une démolition sans base légale ?
- Quels mécanismes de contrôle existent réellement pour protéger les habitants face aux abus administratifs ?
À Bocotte-Sindian, l’affaire alimente colère et méfiance. Beaucoup craignent que ce ne soit pas un cas isolé.


