
Elle revient, fidèle au calendrier, imposante, inévitable. Tabaski viendra.
Mais derrière le bruit des marchés, les appels à la prière, les sourires forcés et les habits neufs, une question douloureuse résonne :
Qui peut encore se permettre de célébrer ?
À mesure que la date approche, la pression monte. Trouver un mouton devient un marathon. Un défi économique. Une course à la dignité dans un monde où l’apparence pèse plus lourd que le sens. Le sacrifice voulu spirituel se transforme en sacrifice social, parfois même moral.
Chaque année, des milliers de familles s’endettent pour être à la hauteur.
Pas pour Dieu. Mais pour les voisins. Pour la société. Pour échapper au regard accusateur de ceux qui jugent sans connaître les réalités de l’intérieur.
Le mouton est devenu un thermomètre social.
Il mesure le niveau de “réussite”, de “valeur” dans une société de plus en plus exigeante, de moins en moins solidaire.
Et pourtant, Tabaski n’est pas née pour cela. Elle est censée rappeler le don, la foi, la compassion. Pas alimenter les inégalités, encore moins l’humiliation.
Pendant que certains exhibent fièrement des béliers de luxe, d’autres comptent leurs maigres économies en silence, redoutant la honte.
Est-ce cela, l’esprit de la fête ?
Un père anxieux, un enfant déçu, une mère en larmes parce que cette année, “il n’y aura pas de mouton” ?
Tabaski viendra.
Mais il est temps de briser ce cycle. De se lever face à l’hypocrisie sociale. De rétablir le sens.
Un sacrifice sans paix, sans justice, sans partage n’est qu’un simulacre.
Et si cette année, on sacrifiait l’orgueil ?
Et si cette année, on choisissait la solidarité plutôt que la compétition ?
Et si, enfin, on se souvenait que Tabaski, c’est d’abord le cœur qui donne… pas le portefeuille ?
Par Oumy Thiare


