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Les défis de commercialisation du riz de la vallée du fleuve Sénégal et les mesures à renforcer

Par Dr Ibrahima Mendy

Ces dernières années, les producteurs de riz, en particulier ceux de la vallée du fleuve Sénégal, sont confrontés à d’importantes difficultés de commercialisation. Cette situation fragilise l’ensemble de la chaîne de valeur et menace la viabilité économique des exploitations, des rizeries et des autres acteurs de la filière.

En l’absence de réponses efficaces et durables, ces difficultés pourraient entraîner une baisse de la production nationale, une accumulation des stocks et, à terme, la fermeture de certaines rizeries. Il est donc essentiel de renforcer les mesures déjà engagées par l’État et de mettre en place une stratégie cohérente pour assurer l’écoulement du riz local.

Les principaux défis de la commercialisation

Les défis majeurs de la commercialisation se résument essentiellement aux points suivants :

1) La concurrence du riz asiatique importé

Le marché sénégalais demeure largement dominé par le riz importé, notamment en provenance d’Asie. Ce riz est souvent vendu à des prix inférieurs à ceux du riz local, ce qui le rend plus accessible à une grande partie des consommateurs.

Toutefois, cette différence de prix ne reflète pas toujours une différence de qualité en faveur du riz importé. Il s’agit parfois de riz conservé pendant de longues périodes dans des conditions qui peuvent affecter ses qualités nutritionnelles et gustatives. Malgré cela, les habitudes de consommation, la disponibilité du produit et l’organisation des circuits de distribution lui confèrent un avantage concurrentiel important.

Cette concurrence exerce une forte pression sur les producteurs et les transformateurs locaux, qui peinent à écouler leur production à un prix rémunérateur.

2) L’importance des stocks invendus

Les producteurs, les commerçants et les rizeries de la vallée disposent aujourd’hui de stocks importants de riz invendus. Cette situation s’explique principalement par la faiblesse de la demande pour le riz local, la concurrence des importations et l’insuffisance des circuits de distribution.

L’accumulation des stocks entraîne des coûts supplémentaires liés au stockage, à la conservation et à la manutention. Elle réduit également la capacité des producteurs à préparer les campagnes agricoles suivantes. Pour les rizeries, cette situation limite la rotation des stocks et compromet leur fonctionnement normal.

3) Le déficit de financement des acteurs de la chaîne de valeur

Les stocks invendus empêchent les acteurs de réaliser les recettes nécessaires au remboursement de leurs emprunts. Les producteurs et les rizeries rencontrent ainsi des difficultés à honorer leurs engagements auprès des banques et des institutions de financement.

Cette situation réduit leur crédibilité financière et complique l’accès à de nouveaux crédits. Or, sans financement, il devient difficile d’acheter les intrants, d’entretenir les équipements, de transformer le paddy et de poursuivre les activités dans de bonnes conditions.

Le déficit de financement peut donc provoquer un cercle vicieux : la mévente entraîne des difficultés de trésorerie, lesquelles limitent la production et la transformation, ce qui affaiblit davantage la compétitivité de la filière.

4) Les défis logistiques et de compétitivité

Le riz local fait également face à des difficultés liées aux coûts de transformation, de stockage et de transport. La vétusté de certains équipements, les charges énergétiques élevées et l’insuffisance des infrastructures logistiques augmentent le coût final du produit.

Par ailleurs, la qualité du riz local n’est pas toujours régulière en raison de problèmes liés au séchage, au décorticage, au tri, à l’emballage et au contrôle de la qualité. La structuration encore insuffisante des circuits de distribution constitue un autre obstacle majeur.

Pour être plus compétitif, le riz de la vallée doit être disponible en quantité suffisante, présenter une qualité constante, être correctement conditionné et être accessible dans les différents marchés du pays.

Les mesures à renforcer

Pour faire face à ces défis, il est nécessaire de renforcer et de mettre en œuvre de manière effective les mesures déjà prises ou envisagées par l’État.

a) Réguler le marché et maîtriser les importations

La régulation du marché doit être renforcée, notamment à travers une meilleure maîtrise des importations de riz lorsque la production locale est disponible. Les restrictions ou interdictions temporaires d’importation doivent être appliquées de manière concertée, en tenant compte des besoins réels du marché et du niveau des stocks locaux.

Cette mesure permettrait de créer un espace commercial favorable au riz produit au Sénégal, tout en évitant les pénuries et les hausses excessives de prix pour les consommateurs.

b) Maîtriser la production et planifier la commercialisation

La production doit être mieux planifiée en fonction de la demande nationale, des capacités de transformation et des possibilités de stockage et de distribution. Une bonne maîtrise des superficies cultivées et des volumes produits permettrait d’éviter les situations de surproduction non accompagnée de débouchés commerciaux.

La planification devrait reposer sur des données fiables concernant les stocks disponibles, les besoins des consommateurs, les capacités des rizeries et les prévisions de consommation.

c) Subventionner le prix du riz local

Afin de permettre au riz local de concurrencer le riz importé, l’État pourrait renforcer les mécanismes de subvention ou de soutien au prix. Cette intervention devrait toutefois être ciblée et transparente afin de garantir qu’elle bénéficie réellement aux producteurs et aux consommateurs.

La réduction des coûts de transformation, de transport et de commercialisation contribuerait également à rendre le riz local plus accessible, sans compromettre la rémunération des producteurs.

d) Faciliter la distribution à travers la commande publique

Les structures publiques devraient être encouragées, voire tenues, à s’approvisionner prioritairement en riz local. Les écoles, les hôpitaux, les forces de défense et de sécurité, les universités, les établissements pénitentiaires et les autres services publics représentent des débouchés importants.

La mise en place de contrats d’achat réguliers entre ces structures et les organisations de producteurs permettrait d’assurer une demande stable et prévisible.

e) Imposer un quota de riz local aux importateurs

L’instauration d’un quota de riz local pour les importateurs pourrait contribuer à renforcer la présence du produit national sur le marché. Les opérateurs autorisés à importer pourraient être tenus de commercialiser ou d’acheter une quantité déterminée de riz local.

Cette mesure favoriserait une meilleure intégration des acteurs et inciterait les importateurs à participer au développement de la filière nationale.

f) Mettre en place une stratégie de communication

Une stratégie nationale de communication devrait être élaborée afin de mieux faire connaître les qualités et les avantages du riz de la vallée du fleuve Sénégal. Cette campagne pourrait mettre en avant sa fraîcheur, sa traçabilité, sa valeur nutritionnelle et son adaptation aux habitudes culinaires sénégalaises.

La communication devrait cibler les consommateurs, les distributeurs, les restaurateurs et les grandes surfaces. Elle pourrait s’appuyer sur les médias, les réseaux sociaux, les foires, les dégustations et un étiquetage attractif.

Il est également important de promouvoir une image moderne et homogène du riz local grâce à un emballage professionnel, un label de qualité et une indication claire de son origine.

g) Généraliser la contractualisation entre les acteurs

La contractualisation doit être généralisée entre les producteurs, les rizeries, les commerçants, les institutions financières et les acheteurs publics ou privés. Les contrats peuvent préciser les volumes, les normes de qualité, les prix, les délais de livraison et les modalités de paiement.

Ce système permettra de réduire les incertitudes, de faciliter l’accès au financement et de mieux coordonner la production avec les besoins du marché. Il contribuera également à instaurer davantage de confiance entre les différents acteurs de la chaîne de valeur.

Dr Ibrahima Mendy
Enseignant-Chercheur Université Assane Seck de Ziguinchor
Ancien Directeur de la DAPSA (2012-2024).

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