
De Youba Sambou à Abdoulaye Baldé, en passant par d’autres grandes figures politiques du Sud, la région de Ziguinchor a régulièrement vu émerger des personnalités appelées à occuper des responsabilités majeures au sommet de l’État. Aujourd’hui, Yankhoba Diémé semble s’inscrire dans cette longue tradition. Devenu ministre des Forces armées, il apparaît désormais comme l’une des figures politiques les plus importantes issues de la Casamance.
La nomination de Yankhoba Diémé au ministère des Forces armées, le 1er juin 2026, constitue une nouvelle étape majeure dans son ascension politique. Après avoir dirigé successivement plusieurs départements ministériels depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, il prend désormais la responsabilité d’un département régalien particulièrement stratégique.
Cette nomination ne relève pas seulement d’une progression individuelle. Elle renvoie également à une histoire politique plus large : celle de la place des fils de la Casamance dans les grands centres de décision de la République.
Une nouvelle figure du Sud au cœur du pouvoir
Originaire de Massara, dans la commune de Djibidione, arrondissement de Sindian, département de Bignona, Yankhoba Diémé appartient à cette génération de responsables politiques du Sud qui ont progressivement gagné une place importante dans l’appareil d’État.
Juriste de formation, titulaire d’une maîtrise en droit des affaires obtenue à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar en 2004, il a également travaillé dans le secteur privé avant d’entrer pleinement dans la vie politique et gouvernementale.
Depuis l’accession de Bassirou Diomaye Faye à la magistrature suprême, son parcours ministériel a été particulièrement rapide. Il a successivement été ministre du Travail, de l’Emploi et des Relations avec les institutions, ministre des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens, puis ministre des Transports terrestres et aériens, avant d’être nommé ministre des Forces armées.
Cette succession de responsabilités traduit une chose : Yankhoba Diémé est désormais devenu un acteur incontournable de l’exécutif sénégalais.
Dans les pas de Youba Sambou
L’histoire politique récente de la Casamance donne une dimension particulière à cette nomination.
En 2000, Youba Sambou, originaire de Mlomp dans le département de Bignona, devenait le premier Casamançais à diriger le ministère des Forces armées. Son arrivée intervenait au lendemain de l’alternance politique portée par Abdoulaye Wade.
À cette époque, la Casamance était encore au cœur des préoccupations politiques et sécuritaires nationales. Le choix d’un fils du Sud à la tête du département de la Défense avait donc une forte portée symbolique.
Yankhoba Diémé vient ainsi, vingt-six ans plus tard, prolonger une histoire commencée avec Youba Sambou.
Bécaye Diop et Abdoulaye Baldé : deux autres références
Après Youba Sambou, le ministère des Forces armées a de nouveau été confié à un responsable issu du Sud.
Bécaye Diop, originaire de Kolda et figure importante de la scène politique sénégalaise, a dirigé le département pendant plusieurs années, de 2002 à 2009, avant de le retrouver en 2010.
Puis ce fut au tour d’Abdoulaye Baldé, natif de Ziguinchor et figure politique majeure du département, d’occuper cette fonction entre 2009 et 2010.
Cette succession a contribué à installer une réalité politique : les responsables originaires de la Casamance ont progressivement démontré leur capacité à occuper les plus hautes responsabilités régaliennes de l’État.
Avec Yankhoba Diémé, cette tradition connaît aujourd’hui une nouvelle étape. Depuis 2000, il est le quatrième responsable originaire du Sud à prendre la tête du ministère des Forces armées.
Une proximité particulière avec Bassirou Diomaye Faye
Mais l’ascension de Yankhoba Diémé ne peut être comprise uniquement à travers son origine géographique.
Elle est aussi intimement liée à sa proximité ancienne avec le président de la République Bassirou Diomaye Faye.
Le ministre a lui-même expliqué que les deux hommes sont des camarades de promotion, qu’ils ont été voisins et amis, et que c’est Bassirou Diomaye Faye qui l’a conduit à rejoindre Pastef. Il a également évoqué le soutien personnel du chef de l’État lors du décès de son père en 2020.
Cette relation, qui dépasse selon ses propres explications le simple cadre politique, constitue l’un des éléments importants permettant de comprendre la confiance dont il bénéficie aujourd’hui au sommet de l’État.
Devenu ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé occupe désormais une position qui exige à la fois loyauté institutionnelle, discrétion, rigueur et sens élevé de l’État.
De la politique locale à un ministère régalien
L’évolution est considérable.
Le responsable politique originaire de Bignona qui s’est progressivement imposé dans l’espace politique régional est désormais chargé d’un ministère placé au cœur de la souveraineté nationale.
Le 4 juin 2026, lors de la cérémonie de passation de service avec le général Birame Diop, Yankhoba Diémé a officiellement pris ses fonctions. Il est devenu le 23e ministre des Forces armées depuis l’accession du Sénégal à l’indépendance.
À cette occasion, il a annoncé sa volonté de poursuivre la trajectoire engagée par son prédécesseur et de s’inscrire dans la continuité des réformes du secteur de la défense.
Une posture qui révèle également une volonté de ne pas confondre responsabilité politique et responsabilité républicaine.
La Casamance au cœur de son discours
Depuis son arrivée à la tête du ministère des Forces armées, Yankhoba Diémé semble également accorder une place importante au dialogue avec les populations de la Casamance.
Lors d’une récente tournée dans la région de Ziguinchor, il a rencontré plusieurs autorités religieuses et coutumières d’Oussouye et de Ziguinchor, porteur d’un message du président Bassirou Diomaye Faye.
Cette démarche illustre une volonté de maintenir un lien étroit entre les institutions de la République, les autorités traditionnelles, les chefs religieux et les populations.
Dans une région marquée par une histoire politique, sociale et sécuritaire particulière, cette approche peut revêtir une importance considérable.
Un ministre face à une responsabilité historique
Diriger les Forces armées n’est pas une responsabilité ordinaire.
Il s’agit d’un ministère qui touche directement à la souveraineté, à la défense du territoire et à la sécurité nationale.
Yankhoba Diémé l’a lui-même rappelé en insistant sur les valeurs de discipline, d’honneur et d’amour de la patrie qui caractérisent, selon lui, l’armée sénégalaise. Il a également défendu le concept « Armée-Nation », en soulignant le rôle des forces armées dans plusieurs domaines du développement national.
Pour un responsable politique issu de la Casamance, cette responsabilité revêt une dimension supplémentaire.
La région de Ziguinchor a longtemps été associée aux questions de paix, de sécurité et de développement. Voir l’un de ses fils prendre la tête du département chargé de la défense nationale constitue donc un symbole particulièrement fort.
Une nouvelle page pour Ziguinchor
De Youba Sambou à Bécaye Diop, d’Abdoulaye Baldé à Yankhoba Diémé, une même réalité se dessine : la Casamance continue de produire des personnalités capables d’occuper des responsabilités majeures dans l’État sénégalais.
Mais Yankhoba Diémé arrive à un moment différent de l’histoire politique du pays.
Il est membre d’une nouvelle génération politique arrivée au pouvoir avec Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Son parcours traduit ainsi le passage d’une génération politique à une autre, tout en maintenant la présence de la Casamance dans les plus hautes sphères de l’État.
Son défi sera désormais de transformer cette confiance politique en résultats concrets, tout en conservant la rigueur et la hauteur de vue qu’exige la fonction de ministre des Forces armées.
Pour Ziguinchor et, plus largement, pour la Casamance, son parcours constitue déjà un fait politique majeur.
Yankhoba Diémé n’est donc plus seulement un responsable politique originaire du Sud. Il est désormais l’un des visages de cette nouvelle génération appelée à écrire une nouvelle page de l’histoire politique du Sénégal.
Et son parcours, comme celui de ses prédécesseurs, rappelle une réalité : la Casamance n’est pas à la périphérie de l’histoire politique du Sénégal. Elle en est pleinement partie prenante.
Par Thiathia



